Procès des quatre militants anti-chlordécone : Didier Laguerre dénonce « une justice à deux vitesses » dans une lettre adressée à Dupond-Moretti

Alors que se tient, ce jeudi 27 août, le procès controversé des quatre militants martiniquais anti-chlordécone, accusés de violences envers des policiers, le maire de Fort de France dénonce dans une lettre adressée à Eric Dupond-Moretti une « justice à deux vitesses », plus pressée de juger «ceux qui dénoncent avec colère» l’empoisonnement des Martiniquais au chlordécone que de punir les coupables.

« La population a le sentiment que tout a été fait ou que tout est encore fait afin que les pollueurs et leurs complices échappent aux poursuites qui ont été déjà intentées depuis 2006 ou qui sont encore intentées », écrit Didier Laguerre au ministre de la Justice dans une lettre datée du 26 août.

« Elle a aussi le sentiment d’une justice à deux vitesses, celle qui juge rapidement ceux qui dénoncent avec colère cette inertie et exigent la vérité et celle qui depuis plus 14 ans ne se prononce pas ou refuse d’ouvrir des enquêtes sur ce scandale », dénonce le maire de Fort de France dans un long courrier au Garde des Sceaux.

Ce jeudi, quatre militants martiniquais sont jugés au Tribunal correctionnel de Fort de France. Ils sont accusés de violences envers les forces de l’ordre, en marge des émeutes en juillet dernier à Fort de France au cours desquelles ils dénonçaient notamment l’empoisonnement de plus de 90% des Martiniquais par ce dangereux pesticide qui a contaminé l’île pour au moins sept siècles.

« Des Martiniquais et des Martiniquaises, des jeunes militants anti-chlordécone, ne cachent plus leur colère et tentent depuis plus d’un an de faire bouger les choses afin que justice soit rendue », défend Didier Laguerre qui se fait l’avocat du diable.

« Des heurts se sont produits à certaines occasions, sur le centre ville de Fort-de- France et ont d’ailleurs occasionné des interpellations de manifestants qui seront bientôt jugés, ce qu’une partie de la population ne comprend pas », ajoute-t-il. « Monsieur le Ministre, au moment où je vous écris, des mobilisations importantes de la population se préparent », prévient l’élu.

« Elles réunissent notamment des collectifs anti-chlordécone, des forces syndicales, des forces politiques dénonçant aussi l’immobilisme de l’Etat, de l’autorité judiciaire sur la traduction en actes de recherche en responsabilités publiques et privées, de poursuites judiciaires, des mesures de réparation attendues », insiste-t-il.

Didier Laguerre déplore que « l’Etat semble demeurer absolument impassible tant sur les mesures d’indemnisations des préjudices des victimes que sur les poursuites judiciaires à engager » et ce « malgré les manifestations et mobilisations populaires dénonçant ce scandale de santé publique et environnemental ».

« Je viens vous alerter sur la nécessité d’agir de l’Etat face à l’immobilisme apparent de l’autorité judiciaire concernant la recherche des responsabilités publiques et privées dans le dossier dit de l’empoisonnement au chlordécone, en Martinique et en Guadeloupe, qui dure depuis 2006 », martèle le maire de Fort de France.
Et d’ajouter : « Monsieur le ministre, je vous invite à veiller à la cohérence de l’application de la justice concernant cette affaire et eu égard à votre récente prise de fonctions, j’attends de votre part une initiative forte et immédiate permettant une avancée significative pour que justice soit rendue dans ce dossier ».

Voici ci-dessous l’intégralité de la lettre que Didier Laguerre a adressée au ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti.