Producteur Martiniquais passé à tabac par des policiers : Macron «plus que choqué» va-t-il s’exprimer ?

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Selon plusieurs médias nationaux, le Président de la République a été « choqué » en découvrant, depuis l’Elysée, la vidéo du producteur noir passé à tabac, samedi dernier, par quatre policiers à l’intérieur même de son studio de musique, à Paris.

Emmanuel Macron serait « plus que choqué » selon Franceinfo, « furieux » selon BFMTV et même « dans une colère noire » selon Europe 1.

C’est ce qu’aurait ressenti le Président de la République en découvrant la vidéo de l’enquête du média en ligne Loopsider sur le passage à tabac du producteur Martiniquais qui a en outre été couvert d’insultes racistes.

La violence des coups portés au Martiniquais, alors qu’il n’a opposé aucune résistance aux policiers, a provoqué la colère et l’indignation de la classe politique, à gauche comme à droite, mais aussi sur les réseaux sociaux.

Plusieurs ministres reconnaissent que ce dérapage est « un problème pour la République

«Scandalisés», plusieurs ministres ont considéré que ce type de dérapage était «un problème pour la République», sans toutefois jeter l’opprobre sur l’ensemble des forces de l’ordre.
Selon France-Info qui cite l’entourage du Président, «jusqu’à jeudi matin était sur la table, sans être confirmée, une prise de parole d’Emmanuel Macron dans un média en ligne, pour s’adresser aux plus jeunes, qui ne regardent pas les journaux de 20 heures sur la crise sanitaire».

Emmanuel Macron voulait, en fait, s’exprimer parce que plusieurs ministres l’avaient alerté, ces derniers jours, « sur la détresse psychologique d’une partie de la jeunesse, qui vit mal ce deuxième confinement ». « Et puis il y a eu cette vidéo, diffusée par le site d’information Loopsider !».

L’Elysée face à un dilemme : Macro doit-il s’exprimer ?

Jeudi, de nombreux messages sont remontés à l’Élysée, tout au long de la journée, et jusqu’au dîner qui s’est tenu autour du chef de l’État, rapporte FranceInfo.
Des élus déjà secoués par la violente évacuation d’un camp de migrants lundi à Paris lui ont fait part de leur indignation face aux images violentes de la vidéo.
Un député a suggéré une interview à un média en ligne, mais à l’Élysée rien n’est décidé pour l’instant.

« Tout cela crée un climat délétère », s’inquiète le député qui souhaitait « une parole présidentielle, à un moment, pour apaiser, dire ce qu’est l’autorité, la République ».
L’Elysée est face à un dilemme.

Réagir sous le coup de l’émotion n’est peut-être pas la meilleure solution.
D’un côté, c’est au gouvernement de remettre de l’ordre avec sa police, donc le Président ne s’en mêle pas, souligne l’entourage du chef de l’Etat.

De l’autre, calmer les esprits est essentiel alors que monte le débat sur les privations de liberté. Il faut aussi respecter l’enquête en cours, poursuit-on.
Un conseiller plaide pour ne pas réagir sous le coup de l’émotion, tout en étant ferme sur la sanction face à des actes répréhensibles, rapporte FranceInfo.

L’Elysée pourrait s’en remettre à une question posée au Président le République, à sa prochaine rencontre avec les médias

Le même conseiller précise qu’évidemment, « si le président rencontre les médias et qu’une question lui est posée, il y répondra ».

En veillant à « ne pas relâcher les syndicats de police dans la nature », met en garde un ministre, selon France Info.

« Beaucoup rappellent que Christophe Castaner a quitté le ministère de l’Intérieur en juillet, sur fond de crise avec les forces de l’ordre, après des déclarations sur les violences dans la police », fait observer le média.

« La bonne entente avec les syndicats n’exclut pas la fermeté et l’intransigeance sur des faits de violence, répond un marcheur. Ou alors c’est qu’on a perdu le contrôle sur la police républicaine. »

Darmanin demandera la révocation de quatre policiers si les faits sont établis

Invité au 20H de France 2 jeudi soir, pour s’expliquer, Gérald Darmanin a annoncé qu’il avait «demandé la suspension des trois policiers», face à ces images «inqualifiables, extrêmement choquantes».
«Dès que les faits seront établis par la justice, je demanderai également leur révocation», a ajouté le ministre de l’Intérieur, alors que le Parquet de Paris a ouvert une enquête contre les fonctionnaires.

Quelques heures auparavant, selon une source gouvernementale, Gérald Darmanin avait été reçu par Emmanuel Macron.

L’Elysée a seulement indiqué que le chef de l’Etat suivait la situation de près. Plusieurs proches du Président ont exprimé sur Twitter leur indignation après avoir vu la vidéo du passage à tabac du producteur.

Eric Dupond-Moretti se dit « forcément scandalisé par les images »

Mais au sein du gouvernement, le malaise grandit.
Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti s’est dit jeudi soir sur LCI « forcément scandalisé par (les) images » du passage à tabac, avant de reconnaître que si elles n’avaient pas existé , « on n’aurait pas connu » cette affaire. « Il faut filmer », a-t-il ajouté.

La diffusion de cette vidéo ainsi que celles de l’évacuation du camp de migrants, place de la République, viennent télescoper la polémique sur la loi «Sécurité globale» et son article 24 qui interdit la diffusion d’images pouvant mettre en danger des policiers.

Le Garde des Sceaux a toutefois prévenu qu’il «faut faire attention» et ne pas faire d’amalgame.
«Dire que la République a un problème avec les violences policières, ce n’est pas vrai. Mais chaque violence policière est un problème pour la République», a-t-il néanmoins rappelé.
«Il y a des policiers, des avocats ou encore des boulangers racistes, mais dire que la police est raciste, ce n’est pas vrai», a tempéré Éric Dupond-Moretti.

Interrogé par LCI vendredi matin, Marc Fesneau, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, s’est lui aussi dit «choqué», et même «révolté» par ces images.

Comme Éric Dupond-Moretti, il a souligné qu’il ne fallait pas généraliser ces comportements à l’ensemble de la police. Mais «ce n’est pas parce que c’est une infime minorité qu’il faut laisser ça sous le tapis, et ne pas sanctionner».
«Il semble que la révocation s’impose», a-t-il lui aussi jugé.

Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée en charge de l’Industrie, a pour sa part rappelé que « le gendarme, le policier, c’est l’homme ou la femme qui doit défendre les faibles, les fragiles. Évidemment, une violence policière est un problème pour la République. À chaque fois, qu’il y a des violences policières, il faut faire des enquêtes, il faut les sanctionner».