Propos de Castex sur la colonisation : Letchimy dénonce un «déni des réalités post-coloniales»

Le député martiniquais, Serge Letchimy dénonce les propos du Premier ministre sur la colonisation, les qualifiant de «déni des réalités post-coloniales ».

Le 1er novembre, Jean Castex, qui abordait sur TF1 la question de la lutte contre le terrorisme islamiste a fustigé toute repentance en la matière, considérant tout retour sur le passé colonial de la France comme un aveu de faiblesse face au terrorisme.

« Je veux dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous auto flageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore », avait déclaré le Premier ministre devant plus de 10 millions de téléspectateurs.

«Il est (…) plus que temps, Monsieur le Premier ministre, de s’extraire du déni des réalités postcoloniales dans lequel vous restez, je le crains, enfermé», lui a écrit cette semaine le député martiniquais.

Pour Serge Letchimy ces propos « résonnent comme un aveu. Celui d’une France, qui au-delà de la reconnaissance symbolique du crime contre l’humanité que constitue l’esclavage, affiche le déni de repentance, pour ne jamais répondre au besoin vital de reconnaissance et de réparation des millions de victimes de la colonisation ».

« La repentance, est une question de conscience. La reconnaissance et la réparation, ce sont des questions liées au respect légitime de la dignité humaine et de l’exigence d’égalité », a poursuivi le député.

« La France, par votre voix, efface les trois siècles de son histoire au cours desquels elle a mis en œuvre l’une des pires barbaries qu’ait connu l’humanité », a-t-il déploré.
Une position bien éloignée de celle du Président Macron qui avait qualifié, en 2017, la colonisation de « crime contre l’humanité ».
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nterrogée à ce sujet lundi matin, sur LCI, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a pris ses distances avec les déclarations du chef du gouvernement. « Je ne vais pas commenter cette phrase. Je me réfère à la phrase qu’a eue Emmanuel Macron sur la colonisation, et que je partage », s’est contentée de répondre la ministre.

« C’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes, » avait alors déclaré le candidat à l’élection présidentielle à propos de la colonisation, à l’occasion d’un déplacement en Algérie, en février 2017.

Des propos qui avaient choqué à droite et à l’extrême droite, ainsi que dans la communauté pied-noir.

Une fois devenu chef de l’Etat, Emmanuel Macron a maintenu sa position sur le fond. Mais en décembre 2019, il avait qualifié le passé colonial de la France de « faute de la République » lors d’un déplacement en Côte d’Ivoire.

Soucieux de tourner cette page controversée de l’histoire de France, le locataire de l’Elysée a confié à l’historien Benjamin Stora une mission sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, dont les conclusions doivent être rendues d’ici fin novembre.

« Nous sommes un pays qui a un passé colonial et qui a des traumatismes qu’il n’a toujours pas réglés. La guerre d’Algérie en fait partie », avait estimé Emmanuel Macron, le 2 octobre, lors d’un discours prononcé aux Mureaux (Yvelines), consacré aux séparatismes.
Dans l’entourage du Premier ministre, certains parlent de « propos maladroits ».