Quand une mutuelle considère la Martinique comme un pays étranger

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, France, Martinique
Mots clés : ,

Mutée en Martinique, la mutuelle de cette enseignante décide de résilier son contrat, pour le motif suivant : « départ à l’étranger ». Elle a adressé une lettre ouverte  à Monsieur Emmanuel Macron Président de la République et Madame Annick Girardin, ministre des Outre Mer.

« Agent de la fonction publique française, de nationalité française, professeure d’histoire géographie en France, j’ai fait mes armes à l’école de la République. J’y ai appris et j’enseigne désormais à mes élèves que la République est indivisible, laïque, démocratique et sociale. Aujourd’hui mutée dans mon département d’origine, la Martinique, je me retrouve confrontée aux réalités de cette indivisibilité de façade.

Comme bon nombre de mes compatriotes français, je cotise chaque mois à une mutuelle. Ayant obtenu ma mutation, j’ai informé ma mutuelle de mon changement d’adresse. Quelle ne fut ma surprise de lire leur réponse m’annonçant que mon contrat ne permet pas une couverture dans les DOM TOM et m’enjoignant à résilier ce dernier pour motif de départ à l’étranger. Quel est donc ce pays étranger sur lequel j’ai posé les pieds ?

Un code postal commençant par 97 ou 98, ne serait-il pas si français que cela finalement ?
Indivisible, que nenni ! Alors que de nombreux pays d’Europe, l’Espagne ou le Portugal pour ne citer qu’eux tentent de corriger les inégalités provenant de l’insularité et de l’éloignement par des aides spécifiques – coût du trajet plafonné entre Lisbonne et Madère pour les résidents de l’île, remise de 50% sur les trajets entre les Baléares ou les Canaries et l’Espagne continentale pour les résidents de ces archipels… – la France n’octroie à ses habitants des régions ultrapériphériques aucune réduction au titre de la continuité territoriale. C’est ainsi qu’un ressortissant martiniquais travaillant sur le territoire continental de la France se retrouve à payer des sommes faramineuses pour rejoindre sa famille ne serait-ce qu’une fois par an. Et s’entendre ensuite dire qu’il est à l’étranger…

Pensez-vous vraiment que je puisse en tout état de cause enseigner à mes jeunes élèves martiniquais qu’ils sont français dans une République indivisible ? La continuité territoriale ne serait-elle finalement qu’une vue de l’esprit ?

Indivisible pour certains, invisible pour d’autres. Relégués au rang de citoyen de seconde zone, DROM et COM subissent sans cesse cette politique à deux vitesses qui accorde aux uns ce qu’elle refuse aux autres. Pays des droits de l’Homme, qui se targue d’être présent sur tous les océans avec la deuxième plus vaste Zone Economique Exclusive au monde mais qui continue de considérer ses territoires extérieurs comme étant étrangers…

Bons baisers de l’étranger. Fort-de-France, le 23 août 2018. »

Réponse de l’enseignante suite à la décision de sa mutuelle :