Quel avenir pour la société Antillaise en crise à l’aube de la décennie 2020/2030 ?

Mis en ligne par admin, le
Publié dans : Actualites, Guadeloupe, Guyane, Martinique
Mots clés :

« Quel avenir pour la société Antillaise en crise à l’aube de la décennie 2020/2030 ? » : Tribune Libre par Jean marie Nol économiste :

Le changement sociétal en Martinique et Guadeloupe est rarement spectaculaire. Il opère plus souvent par de légers déplacements, au quotidien, imperceptibles. Et ces micro-évolutions finissent par modifier notre société subrepticement .

Ces évolutions n’occultent pas la persistance de tendances de fond. Bref, la société Martiniquaise et Guadeloupéenne d’aujourd’hui affiche un bilan en demi-teinte, entre réels atouts et lacunes économiques et sociales non négligeables ; entre permanence des tendances structurelles et changements plus superficiels. Elle est à la croisée de différents chemins à l’orée de la décennie actuelle 2020 /2030. Alors posons nous la question de savoir quelles sont les tendances de fond qui nous feront basculer dans une nouvelle ère.

La Martinique et la Guadeloupe n’échapperont pas à la problématique des grands enjeux du monde de demain ? Axée sur les notions de déconstruction et de transformation du modèle départemental , notre réflexion de penseur de la mutation de la société Antillaise va notamment mettre en lumière les grands défis stratégiques ainsi que les tendances de fond qui vont transformer notre société Antillaise .

Sans nous ériger en Cassandre cette déesse grecque qui prédisait l’avenir , nous voyons 5 tendances qui vont bouleverser notre existence dans la décennie. Qu’il s’agisse de la crise des institutions, de la crise démographique ou migratoire , du défi alimentaire, sanitaire, et climatique, des dérives sociales et des excès du syndicalisme , la métamorphose de l’économie, et bien sûr des bienfaits et méfaits du numérique ; Alors dans quelle société vivrons-nous demain , et quel sera le vrai paysage de la Martinique et de la Guadeloupe en 2030 ?

Un monde nouveau émergera en Guadeloupe en 2030 , nous serons globalement plus pauvre du fait du recul des politiques publiques de la France et nous aurons globalement moins de liberté avec l’émergence d’un régime très autoritaire en France dès 2025 !…Nous vivrons tous, à l’horizon 2030 , dans une société dans laquelle les institutions de la Martinique et la Guadeloupe vont changer, et nul doute que nous allons basculer dans un régime d’autonomie avec de grandes transformations économique, fiscale, et sociale.

De même, L’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale vont s’imposer dans la décennie actuelle . De fait, il sera impossible de travailler, de se divertir, de se déplacer, de vivre donc, sans être surveiller et ficher .Ce sera la fin d’une certaine vie privée . Le numérique, présent maintenant partout en France hexagonale , transformera l’économie, le salariat, le travail, nos rapports avec tous les divers services (santé, hôtellerie, agriculture , transport, organisation des entreprises, culture…).

Il modifiera en profondeur la société Martiniquaise et Guadeloupéenne avec pour nouveau contexte l’émergence d’un revenu universel de base d’environ 1000 euros pour tous, l’explosion des familles mono-parentales ,le vieillissement accéléré de la population et le déséquilibre fiscal et social au détriment de la classe moyenne , créant des opportunités pour certains , mais aussi des risques pour le plus grand nombre : Le développement de la robotique détruira des emplois en masse et en créera peu dans le même temps notamment pour ce qui concerne une économie martiniquaise et guadeloupéenne déjà fortement tertiarisée, car la question se posera de savoir où les nouveaux emplois seront créés .

Un futur pas très rose en somme, derrière les grandes avancées technologiques et les applis qui rendront la vie plus facile pour certains et pas pour d’autres .Demain sera peut être meilleur qu’aujourd’hui mais vraisemblablement pas pour tout le monde, car il existera un fort risque d’un retour à une nouvelle pauvreté pour certains individus des classes populaires et moyennes de la Martinique et la Guadeloupe. Il y a un risque effectivement de déclassement pour les classes populaires et moyennes , si elles ne s’adaptent pas, si elles n’acquièrent pas les compétences du XXIe siècle, en particulier dans une économie aux coûts de main d’œuvre élevés comme la nôtre où là, elles sont très vulnérables.

Mais pour les travailleurs intellectuels, instruits, en Martinique et Guadeloupe, demain se présente très bien , car ils appartiennent déja au » tout monde « . Le monde de demain ne sera plus celui que nous avons connu avec la départementalisation , qui nous a mobilisé pour penser « un progrès social aux couleurs de la France ». Un monde que nous voulions porteur d’émancipation. Passé le temps des rêves de révolutions et d’indépendance.

Les Martiniquais et Guadeloupéens d’aujourd’hui sont loin des ouvriers et des paysans de la canne des années 60/ 70. Loin de la misère des campagnes . Loin des ouvriers des grandes entreprises sucrières et du bâtiment qui luttaient au risque de leur vie contre l’exploitation capitaliste . En moins de dix ans , les progrès technologiques vont réussir à bouleverser nos façons de penser et de concevoir l’avenir.

Et nous ne sommes qu’aux balbutiements des potentiels qu’ils peuvent nous offrir…même si nous ne mesurons pas encore les risques .On retournerait dans un monde où une plus grande part de la population se consacrera à l’agriculture alors que l’évolution humaine a justement permis que de moins en moins de gens aient besoin de se consacrer à cette tâche primaire.

Certes, cette évolution a contribué au chômage, mais dans les pays riches la pauvreté et la malnutrition ont bien diminué depuis 200 ans, et on a remplacé les emplois d’agriculteurs par des emplois du tourisme, d’employés administratifs, d’enseignants, d’infirmiers, de médecins, de chercheurs, d’éducateurs, de journalistes, de travailleurs sociaux, d’informaticiens, de techniciens, d’ingénieurs… des fonctions insuffisamment remplies dans les pays pauvres du tiers monde où les gens mènent souvent une vie harassante et miséreuse à remuer la terre à la main et rêvent de vivre dans les pays riches.

Plus de gens dans les champs, c’est probablement moins de chômage mais pas forcément moins de pauvreté, de malnutrition et une vie plus agréable. C’est pourquoi l’existence d’un revenu universel de base pour tous de 1000 euros devrait émerger dans la décennie pour suppléer à la grande précarité des revenus du travail et de la hausse du chômage du fait du numérique et de l’intelligence artificielle .

La révolution numérique que nous vivrons demain s’accompagnera d’une contrainte de croissance en panne et va générer une onde de choc sur le plan sociétal qui entraînera un paradoxe majeur : inquiétude d’une société qui évolue trop vite, et absence à ce jour de nouvelles perspectives de développement , ce qui devrait entraîner de profondes interrogations au sein d’une Martinique et d’une Guadeloupe autonome , aussi bien au niveau individuel que collectif. La révolte des jeunes sortis du système scolaire sans perspective de diplôme s’inscrira dans une certaine continuité du phénomène de violence observée en Martinique et Guadeloupe . Elle reflètera une nouvelle fois le véritable malaise social qui règne ici dans nos pays . Symptôme d’une société aux structures économiques dépassées, lointain héritage de la période post-coloniale.

Une société passée ces dernières décennies d’une économie rurale à une société de surconsommation, créant ainsi de la richesse pour la nouvelle classe moyenne, mais aussi beaucoup de frustration, de désespoir pour les jeunes sans réelles perspectives , et surtout on assistera à un changement de la mentalité d’assistés et de nos attitudes d’enfants gâtés héritées de la départementalisation . Et pourtant très bientôt , autour de nous , tout va changer et nous devons nous y préparer.

En raison de la diminution attendue des transferts publics , ce sera pour la Martinique et la Guadeloupe , moins d’échanges économiques avec la France et plus avec la région Caraïbe , moins de biens et de services en circulation avec la décroissance à venir, c’est donc moins de changement de smartphones, d’écrans plats et de voitures de luxe ; c’est aussi moins de nourriture importé , de logements sociaux , de soins médicaux gratuits, d’éducation gratuite , de culture générale …Les grandes difficultés vont apparaître donc en premier pour les secteurs davantage financés par les communes et la Collectivité territoriale . D’ailleurs, sur la période 2010 -2020, les budgets ont déjà stagné ou régressé pour la plupart des secteurs, hormis pour le moment l’action sociale gérée par le département de la Guadeloupe .

Les mesures à venir prises pour conjurer la baisse des dotations de l’Etat impacteront directement le secteur associatif en charge de l’action sociale. Les subventions aux associations chuteront de 25 % d’ici 2025 ,ce qui aura pour conséquence directe d’augmenter sensiblement la précarité des jeunes en Guadeloupe et Martinique .

Concrètement la décroissance économique c’est la baisse des recettes de l’état et des caisses publiques des collectivités locales , donc la baisse des budgets de l’éducation, de la recherche, de la santé, de la police, de la justice, de la culture, du sport pour tous, des aides sociales, des retraites…

La Martinique et la Guadeloupe devraient impérativement recomposer leurs valeurs et principes pour construire sur de nouvelles bases une société moderne et ouverte à un nouveau type de développement économique, technique et social autour d’un projet de société qui donne espoir à une jeunesse désabusée et qui n’a d’autre choix aujourd’hui que l’exil de masse .

Notre vie sera très bientôt chamboulée et nous n’en sommes toujours pas conscients ! Aussi bien, réfléchir sur le passé et s’inquiéter de l’avenir ne doivent pas servir qu’à nous ravir la jouissance du présent. C’est pourquoi nous devons retrouver la confiance en l’action présente ici et maintenant.

Par ailleurs, nous réaffirmons que notre réflexion doit porter toujours plus loin, toujours plus haut. Dans les années 1970/80 on regardait l’an 2000 comme une date mythique, une date de frayeur à laquelle on allait basculer dans une autre dimension . « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. » Et pourtant, aujourd’hui, le futur, c’est déjà demain, aussi nous ne saurions ignorer l’urgence de nous préparer à affronter les enjeux du changement dans la décennie 2020 /2030 .

Jean marie Nol économiste