Qui sont les antillais qui achètent les plats préparés ou qui cuisinent à Noël ?

C’est le même rituel chaque année, trois jours avant la nuit de Noël. Entre le 22 et le 23 décembre, la boutique antillaise « Chez Max » se vide. Dans une boutique qui offre autant de produits frais que de produits transformés, il était intéressant de comprendre comment se comporte la clientèle majoritairement venue des outremers qui pour la plupart prépare à domicile le repas traditionnel de Noël.

Cédric Aratus est un des responsables de ce magasin d’alimentation, spécialisé dans la nourriture antillaise. De son père Max, autrefois propriétaire de l’établissement, Cédric a hérité de son sens du commerce et de son exigence quant aux choix des produits qu’il utilise ou qu’il vend.

A quelques pas de la station de métro Ménilmontant, la boutique « Spécialités Antillaises-Ménilmontant », plus connu sous le nom de « Chez Max » est le lieu privilégié de tous les ultramarins qui vivent en métropole. Deux entrées au choix vous guide vers la boutique de traiteur ou vers les produits bruts. Dans le coin traiteur, toutes les recettes traditionnelles sont proposées, des menus antillais, colombo de porc, poulet colombo, cabri à la créole, pois d’angole, haricots rouges, pâte d’accras, chiquetaille de morue, gratin de christophine ou féroce d’avocat, chiquetaille de morue, lambis ou des crabes farcis ou du rougail saucisses, spécialités réunionnaise. Des mets cuisinés sur place grâce au savoir faire de 4 cuisiniers dont Nirva qui gère la cuisine depuis plus de 15 ans.

Quant aux légumes, épices, jus ou fruits, Cédric Aratus garantit la traçabilité. Il a encore des difficultés à acheminer des produits de Guyane mais ses fournisseurs fiables sont de Martinique qui exportent les ignames Noël, les patates douces, les ignames jaunes de Jamaïque. Certains produits arrivent directement du Brésil (Amérique Latine). « On essaie d’avoir beaucoup de produits antillais » avoue le jeune gérant.

Si Cédric, responsable de l’approvisionnement vend des jambons « industriels », ses clients ont le choix, ils peuvent acheter sur place du jambon cuit par les employés de « Chez Max ».

Plats cuisinés par des antillais ou préparer son menu à domicile, les clients qui fréquentent les « Spécialités antillaises » se décident selon leur humeur mais, précise Cédric quand la date de Noël se rapproche : « Les 23 et 24 décembre , les jeunes se dirigent du côté traiteur, ils préfèrent les plats préparés, contrairement aux grandes personnes (les adultes) qui achètent très tôt leurs produits bruts » reconnaît Cédric Aratus. Les 16, 17, 18 décembre, les plus âgés achètent du sang, du boyau, du persil, des cives pour préparer leur boudin. Les plus jeunes achètent du tout prêt.

A chaque période de fête, c’est une file qui se forme très tôt devant le magasin « Chez Max », « les clients attendent dans les rues » dit Cédric sur un ton plaisant. Quand son père Max tenait la boutique, les antillais frigorifiés battaient le pavé déjà, au « pipiri chantant ».

Même si 60 % de sa clientèle est d’origine antillaise, les plats préparés et les produits bruts attirent une population diversifiée. Une grande part de son chiffre d’affaire se fait aussi via le Net, pour des destinations vers l’Europe, les antillais de passage visitent aussi « Chez Max ».

Marlène (qui souhaite rester anonyme) habite en Ile-de-France, elle compose son menu depuis vingt ans ici : « J’ai acheté des pâtés, j’ai appelé ma mère. Je sais qu’elle mangera la même chose que moi et je suis contente. Cela nous crée un lien ».

Des pâtés, des mont-blancs, ce sont les zacharis et les pomme cannelles qui se vendent le plus au rayon pâtisserie. Les pains au beurre partent comme des petits pains. Nous retrouvons Cédric dans la partie traiteur où il vérifie les bacs qui se vident.

« Ceux qui me surprennent, ce sont mes clients de Bruxelles. Ils font trois heures de route pour acheter les produits antillais dans notre boutique. Là, je suis heureux ! » lance Cédric qui repart du côté de la découpe où l’appelle le boucher de « Chez Max ».

La nuit est tombée, le lundi 24 décembre approche et avant cette prochaine fermeture, une grosse journée attend Cédric Aratus, responsable d’approvisionnement, fils d’un des pionniers de la vente de produits antillais à Paris.

Un dernier conseil pour ceux qui vont trop manger à Noël : « Moi, quand j’ai trop mangé, je bois du rhum » affirme Cédric, qui ajoute en riant, « avec modération ».

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy

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