Rencontre : Isabelle Menal réalisatrice, productrice et actrice guadeloupéenne

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« Au delà des clivages noirs ou blancs, quand on a la foi, on sait que tout est possible  »

« Je sais qu’étant réalisatrice noire, j’ai une charge, j’ai une image à défendre mais je refuse que mes projets soient emprisonnés. Ma manière de militer c’est d’être qui je suis. Je suis noire, je suis guadeloupéenne et je fais des films qui concernent tout le monde ». C’est dit. Isabelle Menal, cinéaste, productrice, scénariste et actrice est une femme libre qui privilégie la création.

Africaine, caribéenne, antillaise, parisienne, Isabelle Menal est de toutes ces régions, de tous ces bleds, de tous ces quartiers, elle nous dit pourquoi pendant notre rencontre dans le 16ème arrondissement de Paris. Nous sommes aux Portes du Palais de Chaillot. Notre rendez-vous est prévu au Musée national français, le Musée de l’Homme.

De Festivals en projections, Isabelle Menal parcourt le continent africain. Tout laisserait croire que la réalisatrice est africaine, née sur le sol d’Afrique.  Mais en réalité, Isabelle Menal est née à Paris de parents issus de la Région Caraïbe.

Les Antilles, elle y met les pieds la première fois, elle est adolescente. Elle a 15 ans, quand sa mère, ses frères et sœurs  s’installent en Guadeloupe. Avec sa famille, la petite parisienne aux grands yeux noirs se laisse bercer par sa culture antillaise, riche, mêlée d’histoires douloureuses mais toujours fantastiques : « Comme en Afrique, notre histoire est riche de tant d’histoires, de contes et de héros » s’émerveille la réalisatrice caribéenne.

Adulte, Isabelle devient une jeune femme élégante, élancée mais si discrète.

Parmi les touristes présents, la jeune femme est toute en beauté. Le temps est à la pluie ce lundi après-midi.

L’exposition « Figures des Femmes, Totem des Outremer » continue au Musée de l’Homme, un événement initié par la martiniquaise Chantal Clem. Invitée à l’inauguration le jeudi 8 mars, nous retrouvons l’actrice Isabelle Menal, quatre jours plus tard, toujours très intéressée par les photos exposées dans la galerie « Atrium Paul Rivet ».

La guadeloupéenne est une actrice bien notée par les agences de spectacle. Thierry Lhermite, d’autres vedettes françaises du petit et du grand écran l’on croisée sur les planches d’une scène de théâtre ou lors d’un tournage. Elle l’avoue timidement : « J’ai du mal à parler en public, à faire le service-après vente (comme on dit). Mais je sais qu’il est important de communiquer pour avoir d’autres projets à développer ». Le service après-vente c’est en fait la promotion des films sur les plateaux de télévisions ou dans les studios de radio. Des moments importants pour les acteurs mais aussi les réalisateurs qui doivent trouver les bons mots pour faire venir le public dans les cinémas ou devant leurs écrans quand les films sont terminés.

Réalisatrice, c’est l’autre casquette de l’antillaise. Isabelle Menal adore sa caméra : « J’ai le sentiment, d’être maître de l’histoire, on a la possibilité de détailler l’histoire sur la pellicule. Le fait d’écrire, de tourner, de choisir les angles, de déterminer les emplacements de la caméra, de trouver les lieux, les décors, tout cela me satisfait pleinement, pour l’instant ». 

Son premier film en solo, « Le Service » a surpris par sa qualité technique et par son parti pris assumé. Ce film choc réalisé en résidence au sein du collectif Afro Fiction, a été vu pour la première fois à la Mairie de Paris, dans le cadre de la première journée des Femmes Nutricréole. Il s’agissait de décrire en moins de 10 mn, l’inceste et ses ravages dans une famille.

Le but était de susciter, à la fois, émotion et prise de conscience parmi les invités de l’Auditorium municipal : « l’horreur elle est quotidienne, on n’a pas forcément besoin de voir du sang, l’horreur peut être au fond de nous. Je voulais parler de ces gens, victimes d’inceste, car ce sont des histoires qui concernent de nombreuses personnes autour de nous ».

Plusieurs tournages sont à son actif. Isabelle Menal (Mouen depuis quelques mois) a participé aux productions suivantes : « Cleone » avec Alain Akoa , « Sankofa » avec Joby Smith. Son deuxième court-métrage, c’est « Mother F… » qu’elle a décidé de mettre en compétition dans des prochains Festivals.

La réalisatrice qui se définit comme une citoyenne du monde ou une afro-européenne, va étonner aussi par le choix de ses acteurs et de son équipe « polychrome » : « Ce que j’ai aimé dans cette réalisation, c’est que mes deux comédiennes soit asiatiques, moi-même je suis guadeloupéenne, Ingrid Agbo, ma productrice est togolaise (Nebularts Prod), son mari est métropolitain ». Car, l’enfant abusé par ses proches parents est une victime dans toutes les sociétés.

Isabelle présente cette réalisation comme un film « universel ». Son souhait « s’épanouir dans des productions » sans qu’on lui impose des acteurs blancs ou des acteurs noirs. Il ne s’agit pas de faire des films pour mettre en scène des comédiens noirs à tout prix même si la jeune femme est consciente du manque de visibilité des minorités dans le paysage audiovisuel français.

Des rôles au cinéma ou au théâtre Isabelle Menal, en en a décroché pas mal, depuis qu’elle s’est destinée à la comédie. « Sœurs Ennemis » de Erico Séry où elle collabore avec l’actrice Marie Christine Beugré, a été diffusée sur TV5 Monde et RTI.

Dans « Jeu de dames » (ci-dessus) réalisé par Maxwell Cadevall, Isabelle Menal a pour partenaire Jean-Claude Muaka et Philippe Rebbot sera son époux dans « La Finale » de Robin Sykes.

« En tant que comédienne, je suis censée exprimer les émotions que l’on ressent au fond de soi » : Proche de ses acteurs, elle nous explique comment elle s’intéresse, tout d’abord à l’histoire intime du personnage principal pour en faire une grande aventure cinématographique. Isabelle Menal a co-écrit le scénario d’une série WIIP ( Ody Steven Luchel ) : « C’était un vrai challenge de pouvoir écrire et réaliser en même temps ».

La guadeloupéenne apprend, de ses expériences audiovisuelles : « Avec les contraintes de temps et des budgets faibles, il faut aller vite. Pour « Le Service », j’ai eu la chance d’avoir une équipe très volontaire, très à l’écoute ».

Pour diriger ses comédiens, Isabelle Menal emploie les mots qui touchent : « Pour guider les acteurs, il faut essayer de parler avec son cœur, pour qu’il puisse retranscrire l’émotion que l’on cherche. Cela demande beaucoup de diplomatie, car un acteur est un être très fragile. »

Pour terminer notre entretien, il était intéressant de taquiner Isabelle Menal sur ses manques, ses défauts ou simplement ses désirs et ses projets.

Après un silence qui nous semble long, elle répond en mesurant ses mots : « C’est normal d’avoir plusieurs casquettes. C’est courant aux Etats-Unis, pourquoi rester dans des cases en France ? Son projet le plus cher : Créer des Ecoles de théâtre au Cameroun et en Guadeloupe ».

Ecoutez Isabelle Menal, Actrice, Réalisatrice et Productrice, d’origine antillaise, ses ambitions sa foi, ses engagements, son combat, elle nous en parle : (extrait audio de 3 minutes et 11 secondes)

BLACK in BLACK and FABULOUS

BLACK in BLACK and FABULOUS

Publié par Antillesboxmail – Dothy sur mardi 20 mars 2018

Isabelle Ménal a débarqué adolescente en Guadeloupe où elle a obtenu son baccalauréat. En Martinique elle fréquente l’Université Antilles-Guyane à Ravine Touzat (Schoelcher) et décroche une licence d’Anglais. Puis la jeune fille revient en France métropolitaine.

Elle a alors 22 ans. Isabelle, avoue que tous ses déplacements, lui ont ouvert plein de perspectives : « Je suis très contente, car cela m’a permis de découvrir des écrivains, des auteurs et des artistes noirs comme Cheikh Anta Diop. Encore en primaire, on étudiait « nos ancêtres les gaulois et moi j’étais juste ramener, à une condition d’esclave. C’était cela notre place et notre histoire était niée. Le fait de partir aux Antilles, cela m’a redonnée confiance en moi, en notre histoire aussi. J’ai pu déterminer qui je suis. »

BLACK in BLACK and FABULOUS

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Publié par Antillesboxmail – Dothy sur mardi 20 mars 2018

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy


Images C’news Actus Dothy