Subventions aux films extérieurs : La CTM dans le collimateur, le cinéaste martiniquais Patrick Baucelin réagit

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Le cinéaste martiniquais Patrick Baucelin incarne bien ce dicton : « Nul n’est prophète en son pays ». En dépit de nombreux et prestigieux prix obtenus à l’international pour ses films-documentaires dont le dernier « Antan Lontan » qui relate un siècle de vie en Martinique après l’esclavage, les œuvres du réalisateur continuent d’être boudées par les autorités locales, en premier lieu la CTM qui rechigne à les aider.

Déterminés à faire connaître son travail au public Martiniquais, Patrick Baucelin est sorti cette semaine de sa réserve, en dénonçant la politique arbitraire de subventions de la Collectivité Territoriale de Martinique, qui fait la part trop belle aux grosses productions de l’Hexagone, au détriment des locaux.

Fini l’omerta, le réalisateur-auteur-producteur qui jouit d’une solide réputation à l’étranger, n’y va pas par quatre chemins.

Lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi 3 juillet sur l’île, la première de toute sa carrière, le cinéaste fustige la politique de subventions de la CTM envers les artistes.

Il explique sans filtre aux Martiniquais, pourquoi il est si difficile pour les artistes locaux de créer chez eux. L’homme qui se définit comme un « warrior » en devient presque leur porte-parole.

« Je suis à la fois triste et en colère », confie Patrick Baucelin

Plébiscité à l’étranger pour ses documentaires-fictions de très grandes qualités, Patrick Baucelin confie à People Bokay : « Je suis à la fois triste et en colère ».

Une situation d’autant plus incompréhensible, que les cinéastes provenant de l’Hexagone se voient octroyer par la CTM des subventions pour le tournage de grosses productions qui ne concernent même pas les Martiniquais, explique le cineaste à PBK.

La série policière « Tropiques criminels » tournée en Martinique avec Sonia Rolland et diffusée sur France 2 a reçu une enveloppe de 600.000 euros de subventions pour la saison 1 et la CTM s’apprête à lui en attribuer une deuxième de 500.000 euros pour la saison 2.

C’est cette deuxième dotation qui a mis le feu aux poudres cette semaine lors de la séance plénière de la CTM. Plusieurs élus dont la sénatrice martiniquaise Catherine Conconne sont montés au créneau pour dénoncer cette discrimination à l’encontre des artistes locaux.
Des élus ont déploré le manque de soutien aux producteurs locaux, citant Patrick Baucelin.
Et pour cause.

Cinq récompenses déjà pour son film « Antan Lontan », mais le cinéaste a été obligé de vendre sa voiture et ses meubles pour boucler son budget

Huit mois seulement après la sortie en octobre dernier de son film-documentaire « Antan Lontan », Patrick Baucelin a déjà reçu cinq récompenses à l’international dont le « Gold Award » au 53ème Festival international d’Houston, aux Etats-Unis.

Mais pour boucler le budget de ce film, le cinéaste a dû vendre sa voiture, ses meubles et faire appel à la générosité des Martiniquais via une cagnotte lancée sur les réseaux sociaux.
Ce film-documentaire d’une durée de 1h 24 mns raconte un siècle de vie en Martinique de 1860 à 1960, quelques années après l’abolition de de l’esclavage en 1848.

Dans le contexte actuel où les jeunes Martiniquais sont en quête de leur histoire, on peut s’interroger sur les choix de la CTM. Le cinéaste martiniquais n’a de cesse de mettre en valeur le patrimoine et la culture de la Martinique.

Et pourtant, malgré plus de 50 récompenses à son palmarès, Patrick Baucelin n’a reçu en tout et pour tout que quelques 40.000 euros de subventions de la CTM pour réaliser ses nombreux films, en comparaison des sommes colossales accordées à la série policière « Tropiques criminels » dont les relents doudouistes sur fond de carte postale et de clichés pour continentaux en mal d’exotisme, laissent interrogatifs.

Photos : Victor Monlouis-Bonnaire