Suzanne Césaire, mise en lecture par Daniel Maximin à Paris, au Tarmac

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« Dire non » à l’ombre, résister à l’occupation, réveiller les consciences antillaises, sortir du joug de l’asservissement et de l’abnégation identitaire ! Ce sont là, les thèmes forts des sept textes écrits par la jeune Suzanne Roussi Césaire dans la revue culturelle « Tropiques » entre 1941 et 1945 et, dont Daniel Maximin, écrivain guadeloupéen, a choisi de mettre en scène. Il est en tournée en métropole avec la troupe qui joue « Suzanne Césaire, Fontaine Solaire ». Première étape, vendredi soir (27 mai) sur la Scène Internationale Francophone.

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Nous somme en 1937, Suzanne Césaire a 22 ans, quand elle épouse Aimé Césaire dans le 14ème arrondissement, tout en rouge. Étudiante, elle le rencontre à Paris, et tous les deux deviennent rédacteurs au journal « l’Etudiant Noir ». Ils auront six enfants. Épouse discrète d’Aimé, la martiniquaise est aussi, une jeune femme engagée, militante communiste.
Seconde guerre mondiale. La Martinique (colonie française) est sous le régime de Vichy, l’Amiral Robert est Haut Commissaire de la République aux Antilles, c’est un fidèle du Maréchal Pétain.

Comme la majorités des intellectuels, la jeune Suzanne Césaire est résistante, « anti-collabo ». La jeune femme publie régulièrement (1941 à 1945) dans la Revue « Tropiques ». Son mari Aimé Césaire est Directeur de publication de la Revue, qui regroupe les intellectuels de Martinique entre autres René Mesnil et Georges Gratiant.

SUZANNE

Suzanne Césaire, surnommée la Panthère noire, femme engagée, refuse, cet exotisme littéraire, le « doudouisme en littérature », cette littérature de hamac, de sucre et de vanille » dont elle juge les Antilles victimes, et exhorte dans ses recueils, à une nouvelle littérature qui devra tenir compte du brassage de la Caraïbe qui, pour l’écrivain est multiethnique et dynamiqueLa poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas ! Ainsi se termine « Misères d’une Poésie », dans la rubrique Annexe (Notes et documents), du quatrième numéro de « Tropiques », paru en 1942.

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Dernier acte aussi de la mise-en-scène de la pièce « Suzanne Césaire, Fontaine Solaire » au Tarmac, vendredi 27 mai. Durant une heure et dix minutes, Astrid Bayiha (Cameroun), Martine Maximin (Guadeloupe) et Nicole Dogué (Martinique) ont incarné « La Prose » de l’écrivaine martiniquaise Suzanne Césaire. (Vous entendrez Nicole Dogué, comédienne martiniquaise, en fin d’article).

Une idée originale du romancier et poète Daniel Maximin. Réunir les textes de Suzanne Césaire et en faire une lecture théâtrale accessible à tous.

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Un vrai défi à relever confie Nicole Dogué : « C’est un grand défi de trouver, à l’intérieur d’un seul texte, trois caractères ». Il fallait déterminer les instants à confier à chacune, selon sa personnalité et sa présence sur la scène. Le but, de trois voix uniques, en faire une seule et même voix, celle de Suzanne Césaire.

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Hassane Kassi Kouyaté est le metteur en scène et le scénographe de cette adaptation des textes de l’écrivaine, Suzanne Césaire. Créée, grâce au concours de « Tropiques Atrium Scène Nationale », de Martinique pour célébrer le centenaire de sa naissance. Elle sera jouée pour la première fois en décembre 2015. Son talent, au metteur en scène, donner une logique et articuler les différents textes adaptés pour donner une chronologie à « l’histoire martiniquaise ». De ce bouleversement du recueil de Suzanne Césaire, Hassane Kassi Kouyaté a pris le parti de démarré avec « le Grand Camouflage », le « Malaise d’une Civilisation », le « Misère d’une Poésie » et « le Surréalisme et nous ».

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Sur scène, dans l’obscurité, pendant que le public s’installe, trois ombres sont assises dos à l’assistance. Elles se lèvent. Trois femmes, trois « plantent » avancent, s’arrêtent et « lancent » les mots de Suzanne Roussi Césaire ». Retour remarquable dans le monde des intellectuels des années 30.

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Entre les pauses musicales (chants traditionnels ou notes de jazz), Nicole Dogué et ses partenaires transcendent les mots dans leur geste et leur déplacement : vifs, lascifs, érotiques, rapides ou agressifs. L’équipe a fait le choix de tenues de soirée, chics et sombres, sauf une comédienne qui porte un chemisier orange : talons aiguilles, fluidité des tissus qui marque l’élégance du geste, du ton. Expressions faciales : sévères, coquins, ironiques, les trois comédiennes mesurent la portée du dialogue et modulent avec précision les mots des recueils. Elles discutent parfois, autour d’un verre de cocktail, sur trois tabourets de bars, pour s’interroger sur le devenir de l’île. Elles sont libres, elles devisent.

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Avec le public, en aparté, on rit, on sourit, on approuve, souvent sidéré par des propos qui sont, toujours d’actualité mais d’une grande justesse poétique. Reste un moment intense, la lettre du lieutenant de Vaisseau Bayle qui annonce en Septembre 1945, l’interdiction de la revue « Tropiques », la réponse de Suzanne Roussi Césaire, est cinglante et risquée et même osée pour l’époque pétainiste.

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Daniel Maximin, n’a pas « réécrit les textes », dit-il, mais il en a fait un montage, pour fluidifier les dialogues, et aider la mise en place des rôles. Résultat, Daniel Maximin, signe une brillante adaptation théâtrale. Son objectif, était, d’éclairer l’œuvre de Suzanne Césaire, de redonner la force expressive de ses écrits, cachés très longtemps dans l’ombre de son illustre mari, Aimé Césaire. Pour l’occasion, la Présidente de la Commission Culture, Christiane Emmanuelle s’est déplacée. C’est au Tarmac dans le 20ème arrondissement, que la troupe d’Hassane Kassi Kouyaté est invitée dans le cadre de la semaine « Outre-mer veille ».

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Le romancier, poète et essayiste, Daniel Maximin, « le Frère Volcan d’Aimé Césaire, accompagnera encore la composition d’Hassane Kassi Kouyaté en Juillet prochain. Les comédiennes se produiront durant trois semaines au Festival d’Avignon avec « Suzanne Césaire, Fontaine Solaire ».

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Comme la majorités des intellectuels entre 1941 et 1945, la jeune Suzanne Césaire a été résistante, « anti-collabo ». Elle a publié régulièrement avec véhémence, mais joué de métaphores, dans la Revue « Tropiques ». Son mari Aimé Césaire était le directeur de publication de la Revue qui regroupait les intellectuels de Martinique, René Mesnil, Lucie Thésé, Georges Gratiant, Etienne Léro et Aristide Maugée. Suzanne Césaire, écrivaine, née le 11 août 1915 aux Trois-îlets (Sud de la Martinique) est morte le 16 mai 1966, à 50 ans dans les Yvelines (Sud-Ouest de Paris).

Reportage Dorothée Audibert-Champenois

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Ecoutez la comédienne martiniquaise Nicole Dogué (au milieu) au micro de Dorothée Audibert-Champenois :

Photos : Dothy-CH