Ti-Raoul : un patrimoine martiniquais vivant

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« Manmay sé pandan i vivan pou nou honoréy »

Pierre Raoul GRIVALLIERS est né le 3 août 1934 au quartier Pérou à Sainte-Marie. Il est l’ainé des onze enfants d’Esther GRIVALLIERS et de Calixte GRIVALLIERS, tous les deux cultivateurs. Très jeune, Ti Raoul doit quitter l’école pour travailler dans les « tibann ». Adulte, devenu ouvrier agricole, il fait tous les travaux liés au travail de la canne. Après son retour en Martinique, il s’installe comme cultivateur et vit de la vente des légumes variés qu’il plante et récolte lui-même. Il a vécu 28 ans au quartier « Chertine» à Sainte-Marie, en pleine campagne, source de plaisir et d’inspiration. Après avoir vécu quelques années à Trinité, il vit aujourd’hui au bourg de Sainte-Marie. Ti Raoul est père de trois enfants.

Très jeune, Ti Raoul fréquente les soirées bèlè sur les genoux de sa tante Clémence Boniface SEBAREC. Il écoute, regarde, observe et apprend. Il s’imprègne profondément de la culture bèlè en côtoyant les figures légendaires de l’époque : Esther GRIVALLIERS, Clémence SEBAREC, Stéphane SEBAREC, GALFETE, Jean ANNETTE …

Au début des années 60, Ti Raoul part en France avec le groupe folklorique de Monsieur Raoul PROSPA. Une fois la tournée terminée, il décide de rester. Il exerce alors la profession de peintre. Durant cette période d’immigration, il ne pratique pas le bèlè

Mais en Martinique, sa mère Esther veut revoir son fils. Après douze années passées en France, il revient au Pérou à Sainte-Marie. Il est surpris de découvrir l’existence de groupes de bèlè, un phénomène qui s’est développé alors qu’il était en France. Il crée alors son propre groupe, d’abord « Kaspasa » puis « Ti Raoul et son groupe ».

Entretemps, la vie des soirées bèlè reprend, c’est le succès. Aux côtés de d’autres « Gran ansien » (Ti Emile CASERUS, Carmélite RASTOCLE, Ciméline RANGON, Félix CASERUS …), il marque les swaré bèlè de son incontestable talent. Comme eux, il n’hésite pas à faire des observations et remarques quant un « kavalié » déroge ou quand le « bwatè » ou le « tanbouyé » est défaillant. Il est tout aussi apprécié par le monde danmyé pour l’énergie guerrière qu’il sait dégager.

Pour représenter le danmyé et le bèlè, il s’est rendu en France, au Maroc, en Espagne, aux Etats-Unis, en Guadeloupe et à Cuba. Il a enregistré quatre disques : Le groupe du morne des esses avec Ti Raoul Grivalliers durant les années 70, Brival, La rivyè léza en 1988 avec APAL production, Misyé bèlè (produit par lui-même). Il a enregistré aussi avec KALI (Bèlè boum bap) et avec Dédé SAINT-PRIX. On peut l’entendre également sur des enregistrements réalisés par Alan LOMAX en 1962 (certains ont donné lieu à la production d’un CD). Il a reçu un prix de la SACEM en 2005.

Vécu par beaucoup comme un homme au caractère difficile, il n’a pas toujours été compris. Cependant, tous lui reconnaissent son franc-parler, son grand souci de la qualité … et, par-dessus tout, une voix merveilleuse et un formidable talent de chanteur et de meneur de swaré bèlè et de rendez-vous danmyé. Par An Paj Bèlè

Crédit photos : syncope.free.fr