Tony Chasseur sur « notre » culture : « Et combien c’est difficile de mobiliser nos populations »

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Tony Chasseur qui participera au concert inaugural de L’Apaloos’Arena le 09 février prochain, a posté un long message pour alerter sur la situation de « notre » culture aux Antilles :

« Je participe ce soir à une bel événement, créé, arrangé et dirigé par Ralph Lavital, un « Hommage à Sakiyo ». C’est au Baiser Salé à 19h00, et nous espérons une salle pleine. Mais une salle pleine au Baiser Salé, c’est 100 personnes. Et c’est aujourd’hui une gageure pour beaucoup d’arriver à ce remplissage.

Voici quelques événements en région parisienne pour ce premier semestre 2019 :

– Depuis plus d’un an, Paco Man’Alma propose au Réservoir, une fois par mois, le Bal Soleil. Et maintenant le Gang du Zouk. Des opérations souvent déficitaires que Paco maintient avec abnégation et par goût d’une certaine musique antillaise. C’est tous les mois…

– Dédé St Prix sort ces jours-ci deux albums, avec concert de présentation et forte communication.

– Yoan, jeune chanteur de Zouk moderne, sort un nouvel album et sera en concert le 19 janvier prochain au Zénith de Paris

– Mario Canonge sort un nouvel album, « Zouk Out », et sera en concert de présentation le 26 janvier au New Morning

– MizikOpéyi sort un nouvel album, « Creole Big Band », et sera en concert de présentation le 29 janvier au Café de la Danse

– Kassav sera le 11 mai au Paris La Défense Aréna pour fêter ses 40 ans de carrière

– Sans parler de ce que proposent régulièrement sur Paris et en région parisienne de nombreux artistes (Tricia Evy, Yann Cléry, Tanya, Hervé Celcal…)

Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses…

Et combien c’est difficile de mobiliser nos populations !
Il se dit dans le milieu que la communauté antillaise, réunionnaise (la communauté créole quoi ! Oserai-je l’écrire ???) s’est détournée de ses artistes.

Certains qui font 3 ou 4 millions de vues sur Facebook ne peuvent même pas envisager de remplir une salle de 1 000 personnes.
Nos artistes sont réduits à proposer des démarches « guitare-voix » ou « piano-voix » pour essayer de s’en sortir, avec une musique si fortement basée sur l’usage des percussions et rythmiques élaborées. Si c’est un choix artistique, ok, mais c’est souvent un choix « économique ».

« Nos gens » seraient aujourd’hui en observation de la vie des autres, des spectateurs de BFM à regarder ce qu’a tweeté Trump ou ce qu’a répondu Macron aux Gilets Jaunes, puis voir ce qu’ont fait le PSG ou l’OM. Des « jouets au carnaval des autres ». Et heureux de nous annoncer qu’ils nous écoutent en streaming !!!

C’est un fait, nous avons une grosse lacune médiatique en région parisienne pour atteindre nos gens, même qu’il faut rendre hommage à France Ô et Espace FM…

Mais tout de même… Voir si peu de personnes du public créole impliquées, réactives, en soutien, c’est affligeant. Une poignée, toujours les mêmes, semblant se sentir concernée.

Un musicien a, il y a quelques mois, entamé une action pour dénoncer une discrimination vis à vis des musiciens créoles dans les médias et les festivals hexagonaux. A part le milieu des musiciens mêmes et les quelques concernés évoqués plus haut, quelles réactions de nos communautés ? Résignation ou « je m’en foutisme »…
Pourquoi ces directeurs de festivals et programmateurs de radio changeraient-ils ?

Où sont passés cette force, cet amour, cette fierté, ce soutien que l’on ressentait dans les années 90 autour des artistes créoles dans le monde ?

Autant de grandes nations dominantes ont compris il y a fort longtemps qu’une forte démarche artistique et culturelle peut assoir une présence dans le monde, autant nos populations semblent assister et se conforter d’une déliquescence culturelle de leurs patrimoines, avec même la sensation qu’ils y participent consciemment (dénigrement, dévalorisation, désintérêt) ou inconsciemment.

Alors… si la culture des « autres » est aujourd’hui ce qui nous caractérise, allons jusqu’au bout. Devenons jamaïcains, américains, haïtiens, ou même (enfin !!!) français à part entière, sans origines, sans saveurs, sans couleurs… é viv Johnny !!!

Antiyé, Giyané, Réinyioné, éti la zot pasé ???

Tony CHASSEUR – Gilet Rouge-Vert-Noir
Photo : Jeff LUDOVICUS. »