Traite négrière : Des firmes britanniques présentent des excuses aux Caraïbéens qui réagissent

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Caraïbe, Monde
Mots clés :

Plusieurs grandes firmes britanniques dont le géant de l’assurance Lloyd’s of London s’excusent pour leur participation à la Traite négrière, mais les Afrodescendants Caraïbeens préviennent que des excuses ne suffisent pas.

Le géant de l’assurance s’est récemment fendu d’un communiqué dans lequel il s’excuse du « rôle joué au 18e et 19e siècles dans le commerce des esclaves », une période « horrifiante de l’histoire anglaise et de la nôtre ».

« Nous présentons nos excuses pour le rôle joué par Lloyd’s dans la traite transatlantique des esclaves. Il s’agit d’une période honteuse et épouvantable non seulement de l’histoire britannique, mais aussi de la nôtre », lit-on dans le communiqué dans lequel il propose des « réparations ».

Mais plusieurs pays de la Caraïbe jugent insuffisantes des excuses et réclament des mesures fortes permettant de réparer et de restituer aux populations les richesses pillées à l’époque.
Une alliance régionale des pays de la Caraïbe a invité les institutions britanniques à restituer une partie de la richesse aux Caraïbes, en finançant des projets de développement économique dans le cadre d’un « plan Marshall ».

« Ce n’est pas suffisant de s’excuser », a déclaré à Reuters au téléphone Sir Hilary Beckles, président de la Commission sur les réparations de l’esclavage au sein de la Caricom, la communauté caribéenne.

Des révélations sur le passé esclavagiste de leurs fondateurs les ont contraints à s’excuser et à proposer des réparations

De récentes révélations sur le rôle passé esclavagiste de leurs fondateurs expliquent en grande partie leurs gestes inédits. Depuis le meurtre raciste de George Floyd, le 25 mai dernier, la prise de conscience autour du racisme et de l’origine de ses racines est devenue une problématique mondiale.

Les pays qui se sont enrichis grâce au commerce des esclaves via leurs colonies sont de plus en plus sur la sellette.

Lloyds of London (assurance) et le brasseur Greene King (chaîne de pubs) ont en effet été dénoncés dans une banque de données universitaire, a rapporté le Daily Telegraph.
Acculés à présenter leurs excuses, ils s’engagent à payer des réparations à des organismes de soutien aux minorités ethniques.

Si ces entreprises promettent de mettre la main à la poche, elles ne fournissent toutefois aucune indication sur le montant de leur geste. Rattrapés par le passé esclavagiste de leur fondateur, Greene King à la fois chaîne de pubs et brasseur et le célèbre assureur Lloyd’s, sont désormais dans le viseur des mouvements anti-racistes.

La pression de la rue oblige les firmes à faire des gestes

Nick Mackenzie, le directeur général de Greene King, a déclaré au quotidien britannique The Telegraph que son groupe allait s’excuser pour ses liens avec l’esclavage, révélés par une banque de donnée de l’université UCL. Il a aussi affirmé que le site internet du groupe sera mis à jour dès jeudi pour reconnaître son passé esclavagiste.

Il s’engage également à des donations dans des organisations de soutien aux minorités ethniques, sans donner de chiffres ou de détails, et à des programmes de promotion des minorités dans ses rangs.

Idem pour Lloyds of London, mais aussi d’autres entreprises britanniques comme la banque RBS ou le promoteur immobilier British American Land Company.
« Il est inexcusable que l’un de nos fondateurs ait profité de l’esclavage et milité contre son abolition au 19e siècle », a dit le patron de Greene King, qui compte environ 2.700 établissements.

Il a été racheté l’été dernier par le milliardaire de Hong Kong Li Ka-Shing, qui promet de faire « un investissement important au profit de communautés noires et minorités ethniques » et va accentuer son travail envers la « diversité raciale en entreprise ».