« Tropiques Criminels : Un petit séisme en séance plénière de l’Assemblée de Martinique »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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« Tropiques Criminels : Un petit séisme en séance plénière de l’Assemblée de Martinique ». Réaction de Marie-Hélène Léotin Conseillère exécutive suite à la décision de la CTM de ne plus soutenir financièrement la série policière française.

« En séance plénière du mercredi 5 mai 2021, les conseillers de l’Assemblée (seule souveraine) refusent (26 voix contre sur 51 conseillers) l’octroi d’une subvention de 500 000 € pour la production en Martinique de la Saison 3 de la série policière Tropiques criminels.

Qu’est-ce que Tropiques criminels ?
Il s’agit d’une série policière diffusée par la chaîne de télévision France 2, produite par la société SAS Federation Entertainment, destinée au public de la « France hexagonale ». La saison 1 a été tournée en Martinique, diffusée en 2019 ; la saison 2 en 2020 ; la saison 3 se tourne en ce moment en Martinique et sera diffusée fin 2021. Le contrat vis-à-vis des téléspectateurs français est tenu, malgré la COVID apparue entre temps, le bilan est bon avec une audience montant à 4 millions de téléspectateurs, dans un climat où la compétition est rude avec le principal concurrent, la chaîne privée TF1.

J’insiste sur le fait qu’au départ, Tropiques criminels n’est pas destiné au téléspectateur martiniquais, ne correspond pas à notre imaginaire. Mais ne voyons-nous pas des films russes, des séries japonaises ou chinoises ? Et petit à petit, le public martiniquais lui aussi a sympathisé avec cette série, s’est mis à aimer ces trois flics, personnages principaux de la série, dont deux sont d’origine antillaise.

Quel est l’intérêt pour nous ?
Pourquoi la CTM a voté une subvention de 600 000 € pour la saison 1, et 500 000 € pour la saison 2, et a proposé par l’intermédiaire de l’Exécutif une aide de 500 000 € pour la saison 3 ?
L’intérêt est évident comme dans tous pays qui accueillent des tournages. C’est une formidable vitrine pour notre tourisme, à travers les images, nos paysages, nos villes et villages, nos forêts et nos monuments. C’est un investissement à court et moyen terme. Des lieux emblématiques de Martinique sont bien identifiés : Anse Céron, l’Etang Zabriko, le Fort Saint-Louis, la forêt de Reculée à Sainte-Marie… Cette série sera bientôt diffusée dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest, d’Europe de l’Est, aux Etats-Unis, au Canada…

Ce sont des retombées économiques immédiates. En cette période de crise sanitaire, beaucoup de prestataires travaillent sur cette série. Sur un coût de production de 7 726 000 €, nous avons 2 822 000 € dépensés en Martinique. Autrement dit, lorsque la CTM met 500 000 €, la Martinique (à travers ses entreprises de service) récolte 2,8 millions d’euro. Ou encore, 1 € investi par la CTM rapporte près de 6 € à la Martinique.

C’est le rôle de la CTM d’impulser l’activité économique sur le territoire.

C’est l’occasion d’employer nos comédiens, techniciens et intermittents du spectacle. Ils se forment et gagnent en compétences sur les tournages au lieu de s’exiler à l’étranger. L’équipe locale Saison 2 comprend 34 techniciens, 11 renforts, 32 comédiens martiniquais ou guadeloupéens, 50 comédiens de remplacement, 575 figurants. Merci à Daniely Francisque, Eric Delor, José Alpha, Aliou Cissé, Lucette Salibur, Mark Grosy, Christian Julien, Steffy Glissant, Erns Marie-Louise, Gary Cadenat, Apolline Stewart, Jessica Martin, Laurence Joseph, Dominik Bernard et d’autres encore. En ces temps de COVID, là aussi, ce n‘est pas négligeable.
Cette série ne donne pas une image dégradante ou dévalorisante de notre pays. A travers les rôles des deux femmes policières, c’est au contraire une leçon de vie et de courage qui transpire dans le scenario.

Alors, que s’est-il passé entre la saison 2 et la saison 3 ? Comment sommes-nous arrivés là ?
Tropiques criminels est victime de nos divisions politiques, particulièrement exacerbées à la veille du renouvellement de l’Assemblée de Martinique. Nous n’avons pas su prendre de la hauteur, faire preuve d’une certaine vision politique pour notre pays, renforcer notre cohésion nationale martiniquaise. Nous avons transformé la salle de délibération de la CTM en scène théâtrale pour faire capoter le projet.

8 jours avant la plénière, nous recevons une alerte : « Péyi-a va attaquer Tropiques criminels ». 2 ou 3 jours avant, nous recevons cette déclaration anonyme d’un soi-disant Collectif d’artistes, comédiens, acteurs et techniciens de la culture. Rien ne nous dit qu’il s’agit effectivement de professionnels de la culture. La ficelle est grosse ! Et c’est cette déclaration anonyme qui va servir de base au débat en plénière, débat mené en premier chef par les élus de Peyi-a ! Le co-président de Peyi-a est celui qui est interrogé par les medias le soir (alors qu’il n’était pas là au moment du vote et qu’il a voté par procuration) et qui explique pourquoi il a voté contre l’octroi d’une subvention de 500 000 € à Tropiques criminels.

Ce Monsieur déclare en premier lieu qu’il a un problème avec le titre : « Tropiques, c’est déjà méprisant pour nous… » : Aimé Césaire, Suzanne Césaire, René Ménil nous auraient-ils méprisés en appelant leur revue « Tropiques » ? C’est une déclaration pour le moins hurluburlesque.

Il demande de soutenir plus fortement et différemment la production locale, il déclare qu’il n’y a pas assez de techniciens martiniquais embauchés, que notre savoir-faire n’est pas valorisé, que les Martiniquais embauchés sont maintenus dans des rôles subalternes, etc. etc. Un vrai tableau caricatural qui baigne dans l’exagération… Plus c’est gros… Pas très gentil pour nos comédiens et techniciens.

Jean-Philippe Nilor, Marie-Line Lesdema, Louise Telle sont-ils venus même 1 heure de temps sur le lieu de tournage pour voir comment cela se passe ?
Nous avons répondu point par point à tous les reproches faits par les détracteurs de Tropiques criminels. Une habilleuse est devenue chef costumière entre la saison 2 et la saison 3. Les techniciens ont été repris sur les 3 saisons, ils ont re-signé et ne sont pas venus déposer plainte.

Nous soutenons la production locale : de 2017 à 2020, à travers la convention avec le CNC et l’Etat, nous avons aidé 74 projets cinématographiques et audio-visuels dont 49 martiniquais pour environ 2 800 000 €. Nous poursuivons nos efforts pour structurer la filière cinématographique : un appel à projet vient d’être lancé en direction des producteurs martiniquais sur le thème « Contes et légendes des Antilles », un thème qui fait appel à notre imaginaire, pour un montant de 270 000 €, pour 9 courts-métrages de 10 mn.

Un vote orchestré par certains dans leur frénésie de se débarrasser d’Alfred Marie-Jeanne
Péyi-a a flairé le coup à faire pour que le projet capote. Ils savent que l’opposition EPMN n’est pas favorable. Ils savent que la Droite de Monplaisir est favorable mais ils ne sont que trois + Lordinot. Si les votes EPMN, RDM et Péyi-a s’ajoutent, la demande de subvention est rejetée. Le vote s’est fait par blocs, les blocs des futures échéances électorales. Claude Lise et le RDM ont reçu consigne de voter contre. Fred Lordinot, pourtant si critique vis-à-vis du PCE et des conseillers exécutifs, n’est pas intervenu sur le sujet lui-même ; il a pris la parole pour parler d’autres choses et a voté pour, car il a reçu des consignes de vote de Monplaisir. Pourtant, un des plus vindicatifs et hargneux pour se débarrasser d’Alfred Marie-Jeanne est bien Fred Lordinot.

Péyi-a a réussi son coup, se présenter comme l’homme fort de l’Assemblée, capable de rejeter un dossier présenté par l’Exécutif, sans véritable argumentation sur le plan culturel, artistique, politique ou économique. Les reproches faits volent bas. On a touché le fond de l’indécence politique. Mais j’ai bien peur que tout ce petit monde ne soit en train de creuser sa propre tombe vis-à-vis de l’opinion publique martiniquaise.
Marie-Hélène Léotin
Conseillère exécutive »