UAG : Un dossier complexe aux multiples rebondissements

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Alors que les cours ont repris lundi 25 novembre après 13 jours de grève, une conférence de presse s’est tenu mardi matin à l’initiative de Corinne Mence-Caster, Présidente de l’UAG. Elle dénonce une volonté de mettre des bâtons dans les roues gouvernance en place et son programme « de transparence », et aborde également des échanges écrits mis à jour remettant en cause le fonctionnement du CEREGMIA (centre d’étude et de recherche en économie et en informatique appliquée) qui légitime l’audit financier et sa mission d’inspection générale mis en place pour lever les doutes sur la gestion du laboratoire:

« Je commence à m’interroger et à me demander si derrière cette grève, et la gestion de cette crise de façon globale, il n’y a pas finalement une volonté de bloquer cette gouvernance et d’empêcher la réalisation du programme sur lequel nous nous sommes engagés. C’est pourquoi j’ai adressé un message à la communauté universitaire. J’ai appelé à plus de raison, parce que nous avons la responsabilité de 13.000 étudiants, parce que nous avons des décisions importantes à prendre pour les personnels, pour les formations, et pour l’avenir ».

Un conflit structurel et financier ?

A l’origine de cet autre conflit qui prend des tournures de guérilla, l’initiative de la Présidente, depuis son élection an janvier 2013, de lever le voile sur des zones d’ombre relatives comptes de l’université en s’appuyant sur un rapport de la Cour des Comptes…incomplet, et qui plus est, met en exergue les dysfonctionnements de l’institution, et notamment l’évaporation dans la nature de 10 millions d’euros, la disparition de pièces comptables !

Julien Frémont avait à ce propos soulevé bons nombres de problématiques:

[…] un programme qui l’a conduite à réunir courageusement, le 14 juin 2013, un conseil d’administration (CA) consacré au rapport de la Cour des comptes dont une bonne partie relate la gestion pour le moins opaque, sinon étrange, du laboratoire CEREGMIA. La présidente s’est attachée à faire circuler ce rapport au sein de la communauté universitaire, avec un compte-rendu des difficultés signalées.

Lors de CA de l’UAG, d’éminents élus de ce CA représentant les pôles Martinique et Guadeloupe sont absents, mais donnent curieusement procuration au directeur du laboratoire pourtant gravement mis en cause dans le dernier rapport de la Cour des comptes  concernant l’UAG (pas moins de 10 pages sur un rapport qui en comporte une trentaine !), aussi bien d’ailleurs que dans un précédent rapport qui le condamnait déjà sans ambages. La synthèse du plus récent rapport de la Cour a été distribuée à l’ensemble de la communauté, avec les mesures qui seront prises pour enrayer le phénomène, mais sans plus de commentaires.

 Comment expliquer que personne ne soit inquiété par la justice alors que de nombreux faits attestent une intense activité à la fois chaotique et pour le moins étrange autour des fonds européens. Y-a-t-il enrichissements personnels et abus de biens sociaux ? Qui se cache derrière une fameuse société G., implantée en Haïti ? Est-il vrai que sa direction est assurée par un membre éminent du laboratoire mis en cause ? Pourquoi les fonds européens qui sont publics devraient-ils servir à financer des factures de 8000 euros (huit mille) pour un seul et même numéro de portable ? Des repas au restaurant pour des sommes astronomiques ? Des voyages de toutes sortes ? Qui,  mis en cause dans le rapport de la Cour des comptes, possède des entreprises en Haïti et s’y rend fréquemment? Aux frais de qui, de quelle institution? Pourquoi le silence des collectivités régionales alors même qu’elles ont des représentants au CA de l’UAG et que ces faits sont explicitement cités dans le rapport de la Cour des comptes que la nouvelle présidente de l’UAG leur a officiellement remis, comme à tous les autres membres du CA? Le CEREGMIA est implanté sur les trois pôles de l’UAG (Guadeloupe, Guyane et Martinique) et la Région Guadeloupe, en 2011, avait la mainmise sur la gestion de ces fonds pour la Martinique. Le rapport est très explicite sur ce point. Qu’en est-il de la société FILIATIS  citée par le rapport ?

On sait que d’autres présidents de l’UAG se sont aussi attelés à la question du CEREGMIA. Sans succès ! Si l’UAG est dissoute dans la précipitation, la lumière ne sera jamais faite sur ces questions qui engagent pourtant des millions d’euros de fonds publics et ce, depuis plus de quinze ans. Pourquoi les pouvoirs publics eux-mêmes ne prennent-ils pas leurs responsabilités et ne font-ils  cesser ces activités illicites qui n’ont rien d’universitaires ? Que fait l’Etat dans cette affaire ? Les ramifications de cette véritable mafia, dont le « Parrain » est connu de tous, se sont étendues en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et en Haïti par « filleuls » interposés lesquels appliquent exactement les mêmes méthodes, comme cela a été dénoncé dans une lettre ouverte récente d’un maître de conférences en Sciences économiques sur le pôle Guadeloupe.

Pourquoi l’Etat ne fait-il rien pour arrêter le système mafieux mis en place par le directeur de ce laboratoire qui gangrène l’UAG depuis tant d’années ? Qui protège-t-on ?  Qui est à l’œuvre pour protéger qui ? Que craint-on de découvrir ?

Et c’est une excellente question! La Présidente de l’UAG a d’ailleurs fait l’objet de diverses menaces et tentatives d’intimidation. « J’ai bien conscience que je ne suis pas dans un environnement sécurisant ni sécurisé » confiait-elle lors de la conférence de presse. Frémont ajoutait par ailleurs lors d’un entrevue accordée à CNN:

[…] Un administratif du Pôle Guadeloupe remet en cause la sincérité du fameux rapport de la Cour des comptes. Il s’agit là d’une accusation très grave qui remet en cause l’intégrité des membres de la Cour des compte, l’une des plus hautes institutions de l’Etat, celle qui d’année en année dénonce des scandales comme ceux de Bernard Tapie ou d‘Eric Woerth. Pourquoi cette cour serait-elle crédible quand il s’agit d’affaires hexagonales et pas crédible quand il s’agit d’affaires antillo-guyanaises ? Le Parrain et ses filleuls se moquent vraiment du monde ! En fait, l’objectif du Parrain est clair comme de l’eau de roche : évincer la gouvernance actuelle de l’UAG, quitte pour cela à obtenir la dissolution précipitée de cette dernière. Comme cela, plus personne ne parlera des turpitudes du CEREGMIA qu’il dirige. Comme cela le rapport de la Cour des comptes tombera aux oubliettes. Pour parvenir à ses fins, le Parrain a une stratégie simple : pousser certains membres du Conseil d’Administration de l’UAG à démissionner de façon à ce que le quorum ne soit pas atteint lorsqu’il se réunira. Ceci fait, l’UAG se retrouvera à nouveau bloquée et la Ministre de l’Enseignement Supérieur nommera un administrateur provisoire en lieu et place de Mme Corinne Mencé-Caster, présidente qui en aura déjà trop dit !

Il faut ajouter que le Parrain bénéficie de soutiens de poids tant dans la franc-maçonnerie que dans certains partis politiques, voire chez certains politiciens très haut placés. S’agissant de ces derniers, on comprend qu’ils tremblent à l’idée que la justice puisse mettre le nez dans leur gestion, avec le CEREGMIA, de certains fonds européens se montant à plusieurs millions d’euros.
Il faut aussi signaler qu’il y a 12 ans de cela environ, une autre présidente qui avait décidé de mettre de l’ordre dans les affaires du CEREGMIA avait remis au Directeur de l’Enseignement Supérieur de l’époque, un certain Christian FORESTIER, dont l’ombre plane à nouveau aujourd’hui sur l’UAG, un dossier complet qui a littéralement disparu. Puis, comme par enchantement, cette présidente avait été nommée rectrice et le dossier avait été encore une fois enterré. Mais quand le dossier ressuscite, ce même Christian FORESTIER revient !

Des propos virulents et pleins de sous-entendus mais d’une lucidité certaine dont on parle peu.

Les rivalités vont bon train!

Aujourd’hui avait lieu une conférence de presse à l’initiative du Pr Fred CELIMENE, Directeur du CEREGMIA, à la Faculté de droit et d’économie afin que toute la lumière soit faite sur la crise ouverte à l’UAG. Les accusations fusent de toute part, la présidente devient l’accusée, la guerre interne est donc déclarée. Aujourd’hui le dossier UAG oppose des enseignants martiniquais, et non plus le pôle guyanais à la Martinique. Des clans se sont formés sur le campus de Schoelcher et des conférences de presse se suivent. Le dossier UAG est devenu une affaire interne qui vient semer le trouble. Le CEREGMIA se dit attaquer par la présidente qui ne cesse de les pointer du doigt. Pour Fred Célimène, la crise aurait peut-être pu être évitée s’il n’y avait pas eu 11 ans de présidence martiniquaise successive à l’UAG. Une situation que la Guyane et la Guadeloupe avaient du mal à accepter. Pour lui la présidente en place et son équipe seraient à l’origine de tout les problèmes problèmes de l’UAG

Il a également fait le point sur les derniers évènements qui se sont déroulés au sein du pôle Guyane et qui ont menés à l’université de plein exercice ; le préavis de grève illimité des personnels enseignants-chercheurs, enseignants et BIATSS titulaires et non titulaires du Pôle Guadeloupe de l’UAG à compter du 1er Décembre 2013 et les accusations graves sur l’existence d’un système mafieux qui pèsent sur l’université, le CEREGMIA, et donc sur lui-même.

Doit-on y voir une contre-attaque? A chacun d’en juger.