UFM : « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas ! »

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Par l’Union des Femmes de la Martinique :

Nous avons été fortement interpellées par le titre de l’article paru en page 10 de l’Edition du France-Antilles du vendredi 5 septembre intitulé : « Trinité – Sauvetage en mer : des hommes pour la vie » et signé « M.L. » Cet article très intéressant traite de la mise en place à Trinité de volontaires de la Société Nationale de Sauvetage en Mer.

En contradiction totale avec le titre, il montre que la vingtaine de volontaires ayant participé à la réunion comporte une grande part de femmes (5 sur les 12 photographié-es).

Dans ce cas, pourquoi l’intituler « des hommes pour la vie » ?

Oui, nous savons, on nous rétorque souvent qu’en grammaire « Le masculin l’emporte sur le féminin. » Cette règle de grammaire apprise dès l’enfance sur les bancs de l’école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin.

On nous dit aussi que nous nous attachons à des « détails » qui ne sont pas importants. Mais nous savons que cette approche n’est pas neutre. Rappelons son origine à celles et ceux qui ne la connaitraient pas : En 1676, le père Bouhours, l’un des grammairiens qui a oeuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte. »

Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi. Avant le 18e siècle, la langue française usait d’une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s’accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l’Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s’employait couramment.

L’emploi du masculin comme dominant n’est donc pas « neutre », et relève d’une volonté affichée de désigner le genre « noble », et dominant, masculin, au détriment d’un féminin dépréciatif.

Nous voulons souligner que le neutre n’existe pas en français, mais que, par contre, la langue française comporte tous les outils grammaticaux nécessaires pour s’adapter (comme elle l’a fait à maintes reprises dans son histoire) et créer des féminins.

Pour des raisons qui ne sont pas grammaticales, le féminin est souvent dépréciatif : que l’on pense à la série galant/galante, professionnel/professionnelle, entraineur/entraineuse, sorcier/sorcière, etc. Cette dépréciation redouble la hiérarchie des fonctions sociales occupées par les hommes et les femmes.