Un producteur martiniquais victime de violences policières à Paris : Quinze minutes de coups et insultes racistes

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, France, Martinique
Mots clés :

Trois policiers ont roué de coups à Paris, un producteur martiniquais de musique, le 21 novembre, le passant à tabac durant quinze minutes et le couvrant d’injures racistes, « sale nègre », « ta gueule » ou encore « on va te défoncer », sans que l’intéressé ne comprenne les raisons d’un tel acharnement.

Samedi dernier à 19h40, Michel arrive devant son local professionnel, dans le 17e arrondissement. Il croise une voiture de police. Comme il ne porte pas de masque, il décide de rentrer dans son studio de musique pour éviter une éventuelle amende, relate le Nouvel Obs qui cite des informations reprises dans une enquête réalisée, minute par minute, par Loopsider.

Michel ignore que les policiers le suivent jusqu’au sas d’entrée de son studio. « Avant d’entendre un mot, j’ai senti des mains qui me poussaient ou me tiraient. Je leur dis “Je suis chez moi”.
A ce moment-là, j’ai peur. Il y a des gens qui passent, j’essaye d’interpeller tout le monde ! », raconte Michel face à la caméra de Loopsider. (voir vidéo en fin d’article)

Loopsider qui s’est procuré des vidéos de surveillance du studio de musique et celles des voisins, raconte que les policiers ont infligé à Michel « plus d’une vingtaine de coups de poings », « une dizaine de coups de pieds ». « Ils étranglent la victime » et lui assènent « des coups de matraque également ». « Je me suis dit : “Si je tombe par terre, je reste par terre, je ne vais pas me relever” », confie la victime à Loopsider.

Michel explique à Loopsider pourquoi ? :“« Je ne voulais pas avoir de gestes virulents qui allaient jouer contre moi par la suite. J’étais complètement conscient de ça ! Il ne fallait pas que je lève les mains, que je fasse quelque chose qui pourrait s’apparenter à quelque chose de violent. »
Michel appelle à l’aide maintes fois, ce qui alerte de jeunes artistes qui enregistraient à ce moment-là dans le sous-sol du studio de musique. Ils montent l’escalier vers le sas étroit d’où proviennent les cris. Les policiers libèrent alors Michel.

Le Nouvel Obs, raconte que les policiers repoussés à l’extérieur, tentent à nouveau d’entrer dans les locaux en forçant la porte et en brisant la vitrine.
Ils lancent alors une grenade lacrymogène à l’intérieur du studio, visible également sur les vidéos de surveillance.

Les policiers, qui ont appelé des renforts, dégainent leurs armes et le font sortir du studio.
« Alors là, je me prends des coups de tous les côtés », raconte Michel, tandis que des voisins filment la scène depuis leur fenêtre.
D’autres policiers, armes à la main, vont alors chercher les jeunes au sous-sol. L’un d’eux raconte à Loopsider : « Le premier policier n’avait même pas encore parlé, je me suis mis par terre directement, j’ai mis mes mains sur ma tête pour lui montrer qu’il n’y a rien du tout, parce que j’avais vraiment peur : je fais un faux geste, un geste trop brusque, il peut tirer sans faire exprès ! »

A peine sortis du studio d’enregistrement, les musiciens sont tapés et mis à terre

« Dès que j’ai entendu les policiers dire : “Caméra, Caméra !”, “On est filmés”, ils ont arrêté de me frapper », relève un jeune.
Le producteur de musique est catégorique :“« Sans ces images-là, moi, je suis en prison aujourd’hui. »Arrivé au commissariat, Michel est accusé d’outrage, violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, rébellion, et d’avoir voulu subtiliser les armes des policiers.
« Mon client a fait quarante-huit heures de garde à vue de manière injustifiée sur des propos mensongers des services de police qui l’ont outrageusement violenté », a dénoncé son avocate, Maître Hafida El Ali, jointe par l’AFP.

Après ces deux jours de garde à vue, le producteur de musique a pu faire constater ses blessures.

Déchirure du tendon, plaies, hématomes, crâne ouvert, refermé par deux agrafes : il a obtenu six jours d’ITT.

Suspension à titre conservatoire des policiers impliqués, à la demande de Darmanin. L’IGPN saisit

Le parquet de Paris a confirmé auprès de « l’Obs » que « dans la procédure diligentée à l’égard de la personne présentée dans la vidéo, il a été procédé à un classement sans suite ».
Dans un communiqué, la Préfecture de police de Paris a annoncé ce jeudi que le préfet de police Didier Lallement « a saisi l’Inspection générale de la Police nationale [IGPN] sur le plan administratif et a demandé au Directeur général de la Police nationale de suspendre à titre conservatoire les policiers impliqués ». « L’Inspection générale de la Police nationale a également été saisie en judiciaire sur ces faits par le parquet », confirme le communiqué.
Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est félicité dans un tweet de la saisine de l’IGPN dans cette affaire, demandant « au préfet de police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés ».

Suspension à titre conservatoire des policiers impliqués, à la demande de Darmanin. L’IGPN saisit

Le parquet de Paris a confirmé auprès de « l’Obs » que « dans la procédure diligentée à l’égard de la personne présentée dans la vidéo, il a été procédé à un classement sans suite ».
Dans un communiqué, la Préfecture de police de Paris a annoncé ce jeudi que le préfet de police Didier Lallement « a saisi l’Inspection générale de la Police nationale [IGPN] sur le plan administratif et a demandé au Directeur général de la Police nationale de suspendre à titre conservatoire les policiers impliqués ». « L’Inspection générale de la Police nationale a également été saisie en judiciaire sur ces faits par le parquet », confirme le communiqué.
Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est félicité dans un tweet de la saisine de l’IGPN dans cette affaire, demandant « au préfet de police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés ».