Une enseignante répond au coup de gueule de l’infirmière « qui ne supporte plus les enfantillages des professeurs »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Le débat fait rage sur les réseaux sociaux depuis le coup de gueule d’une infirmière, qui dit son ressenti, suite à a décision d’Alfred Marie-Jeanne d’informer le Premier Ministre, sur l’impossibilité de réouvrir les lycées et collèges le 11 mai 2020 en Martinique, en raison des conditions sanitaires requises pour les élèves et le personnel !

« Il est temps que les profs grandissent et deviennent courageux et inventifs pour que nos enfants, notre jeunesse, soient en capacité de construire le monde de demain » écrit-elle !

Nous publions d’abord le coup de gueule de l’infirmière puis la réponse de l’enseignante :

Le coup de gueule de l’infirmière publié sur le blog evolutionmartinique.fr :

« Monsieur Marie Jeanne et tous ceux qui défendent la cause des professeurs…. il faut savoir que les personnels soignants n’ont pas demandé de délai pour faire face et prendre soin des nombreux patients atteints du covid 19 ; et ce, au peril de leur vie et de celle de leur famille ! Certains y ont même laissé leur santé et voire leur vie

En depit de tout cela, Les soignants continuent encore et encore, avec les moyens du bord !
Il faut rappeler à ces chers professeurs que les soigants se chargent eux mêmes de l’entretien et de la désinfection de leurs locaux et de leurs outils de travail….
Que les soignants ne comptent pas leurs heures et vont travailler sur leur temps de repos…
que les soignants etc…. etc… que les soignants ne sont pas des enfants gâtés tout comme bien d’autres corps de métiers qui font vivre la France et les professeurs !

Messieurs et Mesdames les professeurs si vous voulez que vos établissements soient désinfectés… qu’à cela ne tienne faites comme nous…. faites le vous même !
Vous êtes les seuls à ne pas souffrir du chômage technique… il vous suffit juste d’envoyer tous les matins une serie de cours et d’exercices sur les boites mails des parents pour que votre salaire soit justifié !

Peu, très peu, trop peu s’inquiète de savoir si les enfants ont compris quelque chose du cours ou même si les parents ont la pédagogie nécessaire pour faire « le travail à leur place»
Je n’ose dire que pour plus des 3/4 il n’y a pas de préparation…. il suffit juste de sortir le programme de l’année d’avant !

Mes chers professeurs peut être vous appartient il de réfléchir à l’organisation de cette reprise de cours ?
Peut-être devrez vous faire comme les soignants de ces différents services qui ont dû se convertir en « service covid »
Vous savez…. ils ont juste réfléchis, et ce très rapidement… et du jour au lendemain ils sont devenus « soignants en secteur covid ».

Si vous êtes en manque d’idées… n’hésitez pas, faites appel à des soignants… nous auront un peu de temps sur nos repos non rognés pour vous aider !

Monsieur Marie Jeanne et tous ceux qui défendent la cause des professeurs, il est temps de leur expliquer que l’avenir de nos enfants est dans leur mains… il est temps que les profs grandissent et deviennent courageux et inventifs pour que nos enfants, notre jeunesse, soient en capacité de construire le monde de demain!

Nadine Francois Lubin
Infirmière qui ne supporte plus les enfantillages des professeurs ! »

La réponse de l’enseignante:

« Chère Madame FRANÇOIS LUBIN,
L’une des premières choses que j’enseigne à mes élèves et étudiants est que l’intelligence se niche dans la nuance. Que le propos caricatural est souvent le résultat d’une pensée simpliste, vide, creuse, voire dangereuse.

Au delà de cette question de l’entretien des établissements scolaires qui ne nous incombe pas, à nous, enseignants, je vous parle ici des propos injurieux que vous osez tenir sur notre métier de professeur.

Votre semblant de lettre ouverte, qui ne présente aucune réflexion digne de ce nom, n’est qu’un amas d’insultes injustifiées. Ainsi, les enseignants ne seraient que « des enfants gâtés » ? Ainsi, les enseignants n’enverraient « qu’une série de cours et d’exercices tous les matins pour que (leur) salaire soit justifié », sans se demander si les élèves y comprennent quelque chose ? Madame FRANCOIS LUBIN, après avoir donné des cours virtuels depuis ce matin, après avoir corrigé des travaux d’élèves, délaissant ainsi ceux de mes enfants, votre torchon m’a interrompue dans la préparation de mon prochain cours. Je me suis d’abord dit que la bassesse de vos propos ne valait pas la peine d’une réponse. Mais la sottise appelle la colère.

De ce fait, je vous apprendrai que si comme vous l’écrivez, « certains soignants ne comptent pas leurs heures », mettez-vous en tête que c’est également le cas de bon nombre d’enseignants. Non Madame, nous ne sommes pas une bande de gamins qui devons « grandir et devenir courageux ». Soyez assurée que dans tout domaine professionnel, quel qu’il soit, il y en a qui s’acharnent au travail et d’autres beaucoup moins. Votre secteur n’échappe pas à ce constat. Cessez donc vos propos stigmatisants sur les enseignants. Ceux, nombreux, qui s’efforcent de remplir leur mission auprès des jeunes, s’essoufflent et sont dégoûtés un peu plus chaque jour de ce manque de respect, de reconnaissance.

Bon nombre d’entre nous nous sommes adaptés, dans l’urgence, aux logiciels et à d’autres pédagogies pour continuer à transmettre des savoirs à nos élèves, pour garder le contact avec eux, savoir comment ils se portent. Ont refait leurs cours, autrement. Ont cherché d’autres supports, d’autres moyens. Et c’est comme cela, chère Madame, que vous vous permettez de juger l’ensemble de notre corps enseignant ? Vous opposez les soignants aux enseignants. Vous semblez vouloir créer une hiérarchisation de courage et de valeurs là où il n’y en a pas. La preuve en a été donnée récemment, Madame, avec les enseignants volontaires qui ont accueilli les enfants de soignants. Vous ne parviendrez pas à créer la division là où la société a besoin d’entendement.

Je vous retourne votre proposition : si vous manquez d’idées nuancées et intelligentes Madame FRANÇOIS LUBIN, autres que celles de dire aux enseignants de nettoyer les établissements par exemple, prenez le temps de vous éloigner des réseaux sociaux pour élever votre pensée. Évitez la parole immédiate. Et revenez, peut-être, par la suite.
Parce que l’intelligence se niche dans la nuance, Madame FRANÇOIS LUBIN.
Bien à vous.

Une enseignante qui ne supporte plus d’être caricaturée »