Une nouvelle expertise médicale pointe la responsabilité des gendarmes dans la mort d’Adama Traoré

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, France
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Adama Traoré est mort asphyxié par un placage ventral, c’est ce que révèle une récente contre-expertise médicale, demandée par la famille du défunt.

Cette nouvelle expertise, rendue publique mardi 2 juin, met à mal une précédente publiée vendredi 29 mai dans laquelle les experts concluaient que la victime « n’est pas décédée à la suite d’une “asphyxie positionnelle” mais d’un œdème cardiogénique », ce qui exonérait les gendarmes qui avaient procédé à l’interpellation d’Adama Traoré.
Le jeune homme de 24 ans est décédé en 2016 à la suite d’une interpellation musclée par des gendarmes.

Un combat qui dure depuis quatre ans

Depuis quatre ans, la famille de la victime ne cesse de se battre pour obtenir justice.
Le résultat de cette contre-expertise demandée par la famille d’Adama Traoré donne une nouvelle tournure à cette affaire, au moment où des voix s’élèvent dans le monde, en particulier aux Etats-Unis pour dénoncer les violences policières.

Cette nouvelle expertise estime que le plaquage ventral opéré par les gendarmes, lors de l’arrestation d’Adama Traoré, est à l’origine de sa mort, rapporte franceinfo qui a interrogé l’avocat de la famille.

Cette expertise indépendante, réalisée par un professeur de médecine, a été versée au dossier ce mardi, à la demande des parties civiles, souligne France Info. Elle contredit complètement l’expertise rendue publique la semaine dernière, qui mettait hors de cause les gendarmes.

Une instruction médiatique, dénonce l’avocat des gendarmes

Pour l’avocat des gendarmes, il s’agit d’une « instruction médiatique ». Il appartient désormais aux juges d’instruction de décider de la suite à donner à cette nouvelle pièce.

Dans la conclusion de la contre-expertise, que franceinfo a pu consulter, le journal rapporte qu’on peut lire que le décès d’Adama Traoré a été causé par un syndrome asphyxique qui fait suite à un oedème cardiogénique. Lequel oedème a été causé, selon le rapport, par « une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral ».

En d’autres termes, selon cet expert, mandaté par la famille, c’est bien la technique d’interpellation des gendarmes qui a conduit au décès d’Adama Traoré.

« Cette contre-expertise a été réalisée par un professeur de médecine interne d’un prestigieux hôpital parisien, précise l’avocat de la famille d’Adama Traoré, maître Yassine Bouzrou.
Les conclusions de ce rapport sont très claires : le décès d’Adama Traore résulte du plaquage ventral exercé par les trois gendarmes », souligne l’avocat.

Le nouveau rapport médical versé au dossier d’instruction

« Cette expertise indépendante a la même valeur probante que les expertises ordonnées par la justice. Ce rapport a été versé au dossier d’instruction, il est donc contradictoire, conformément à la loi », a encore fait valoir l’avocat de la famille d’Adama Traoré.

« Contrairement aux experts désignés par les juges, les médecins indépendants qui ont réalisé les contre-expertises sont tous spécialistes des maladies évoquées dans le dossier. Compte-tenu de leurs compétences, leurs conclusions s’imposent face à celles qui excluent le plaquage ventral comme cause de la mort d’Adama Traore », a estimé Me Yassine Bouzrou. « Le diagnostic vital engagé avant l’interpellation », assure l’avocat des gendarmes

Mais Me Rodolphe Bosselut, qui défend deux des gendarmes placés sous le statut de témoin assisté dans cette affaire, assure qu’il n’y a pas eu de plaquage ventral. « Adama Traoré était déjà à plat ventre et il a uniquement été menotté au sol lors de son interpellation », indique l’avocat.
Il rappelle que selon d’autres expertises ordonnées par la justice, « le diagnostic vital du jeune homme était déjà engagé avant son interpellation, en raison de plusieurs pathologies dont il souffrait ».

L’avocat dénonce une « instruction purement médiatique, au seul motif que les éléments objectifs de l’instruction judiciaire ne satisfont pas les parties civiles ». Un nouveau rapport médical pointe la responsabilité des gendarmes dans la mort d’Adama Traoré.

Photo à la Une : Twitter