Université des Antilles : « L’arrogance sans fondement comme stade suprême de l’insignifiance »

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Par Hector ELISABETH, sociologue, ancien professeur associé de l’UAG et membre du collectif Ensemble pour l’Université des Antilles.

« La crise, très grave qui affecte notre Université, ancienne UAG et peut-être je l’espère future UA, prend sa source en grande partie dans une série d’attitudes méprisantes de responsables martiniquais de la communauté universitaire ou autre, vis avis des autres composantes Guyanaises et Guadeloupéennes. C’est ainsi que la crise commence par une candidature martiniquaise à la présidence de l’Université, présentée en dépit de tous les accords – non écrits certes -existant depuis toujours sur le principe d’alternance pour ce poste. En outre, cette nouvelle candidature martiniquaise arrivant après deux présidences successives  martiniquaises, apparaissait comme une véritable provocation voire une véritable déclaration de guerre. Nombreuses furent alors les voix dans les trois pôles territoriaux à s’élever contre ce qui s’apparentait comme la trahison d’un principe historiquement établi. Quelle fut alors la justification de la candidate martiniquaise, actuelle présidente tellement controversée à ce jour, que la compétence primait sur tous les accords établis précédents. Interrogeons-nous un instant sur ce qui fondait la dite, et surtout supposée, compétence de cette candidate, autrement qu’une arrogance extrême et surtout le mépris le plus profond pour les autres candidats des deux autres territoires.

On n’eut pas bien longtemps à attendre pour mesurer cette compétence autoproclamée au regard de la gestion calamiteuse de tout ce qui a suivi en tout premier lieu l’incroyable imbroglio aboutissant à la sécession de la Guyane. Cette crise du pôle guyanais, réglée directement par les autorités centrales tellement l’incompétence de la gouvernance était avérée, avait déjà trouvé son origine dans des propos et des attitudes de mépris affichés tant à l’encontre des élus guyanais que de la population elle-même avec des messages inouïs les traitant de sous-développés. A suivi le long épisode visant à mettre en cause un laboratoire et ses responsables, accusés des pires dérives maffieuses, alors qu’il s’agit au pire de dysfonctionnement de gestion administrative et financière au niveau central de l’UAG. Mais ce rideau de fumée, par une médiatisation et une politisation outrancières, permettait de masquer toutes les insuffisances d’une gouvernance incapable de mettre l’institution  sur des rails de fonctionnement normal. Laissant les étudiants en déshérence, les enseignants irrités, décontenancés ou terrorisés. Toute cette agitation médiatique et politicienne hors les murs, n’ayant qu’un seul but: créer les conditions du maintien de la gouvernance coûte que coûte, le plus longtemps possible, sous les yeux de nombreux observateurs assistant médusés au pourrissement et au saccage d’un outil a la construction duquel ils avaient participé à différents niveaux. Cette instrumentalisation de la structure universitaire à des fins médiatiques et politiciennes semble arriver à son terme par essoufflement des instrumentalistes.

Ces derniers temps, un vent de rationalisation semble devoir souffler enfin, avec la parution de différents documents d’orientation -rapport du Sénat, décret et ordonnance ministériels -préconisant tous la création d’une Université de Guyane et d’une Université des Antilles. La communauté universitaire, particulièrement en Guadeloupe, et les exécutifs  des deux Régions de Martinique et de Guadeloupe se sont également mobilisés en se prononçant très clairement et de manière solidaire sur cette création d’une Université des Antilles faisant pendant à la création de l’Université de Guyane. Un collectif  intitulé Ensemble pour l’Université des Antilles s’est constitué sur les deux territoires Guadeloupe et Martinique), composé de membres de la communauté universitaire et de la société civile et décidé à œuvrer auprès des élus régionaux pour la mise en œuvre, dans la concertation et dans un climat apaisé, de ce projet de création de l’UA qui répondra enfin, après cette longue période de dysfonctionnement sur l’incompétence de la gouvernance actuelle, à ce qu’attendent enseignants, étudiants et parents.
La recherche de ce climat d’apaisement s’est trouvé déjà mis en danger par une attitude  à nouveau outrancièrement méprisante de l’actuelle présidente vis à vis de l’Exécutif de la Région Guadeloupe et des élus de cette assemblée, tout comme elle l’avait déjà fait vis à vis des élus guyanais. Or il est évident que dans la période actuelle, les ingrédients les mieux appropries pour avancer dans ce projet de création  d’une UA, sont la concertation et la recherche de consensus dans un climat apaisé. Tout dérapage est désormais à proscrire et il faut saluer  encourager les efforts méritoires des élus des deux territoires et des membres les plus constructifs de la communauté universitaire.

Il faut désormais condamner avec la plus grande fermeté tout acte de provocation, visant à mettre de l’huile sur le feu. Or c’est dans ce registre que vient s’inscrire un article paru dans la presse sous la signature d’un écrivain et sociologue martiniquais bien connu, article qui est un véritable brûlot dirigé contre le Président Victorin Lurel. Ces propos sont tellement outranciers et méprisants vis à vis de l’Exécutif de la Région Guadeloupe qu’ils en deviendraient dérisoires; sauf que nous sommes en présence de ce qu’on appelle un texte-mercenaire, c’est à dire une production destinée  à satisfaire une commande venant de cette gouvernance qui poursuit sa mission de destruction de tout le système de l’enseignement supérieur et de la recherche dans nos territoires. Ce véritable pamphlet contre le président Lurel reprend à peu près tous les arguments traditionnels de l’actuelle gouvernance universitaire.

Or ce n’est pas en insultant nos partenaires et frères de la Guadeloupe, et en particulier leurs élus, que nous parviendrons à créer ensemble cette nouvelle UA. Dont l’importance n’échappe à personne saufs aux partisans de l’insignifiance. Des articles aussi outranciers et spécieux qu’il convient légitimement de mettre sur le compte de la niaiserie infantile d’effets de manches, peuvent avoir des conséquences très négatives au moment où les efforts d’apaisement convergent. Nous n’aurons donc de cesse d’appeler à une certaine humilité et à un respect réciproque entre partenaires.

Trop souvent, nous autres Martiniquais apparaissons comme ceux qui font preuve de la plus grande suffisance. Prenons garde que trop d’arrogance ne soit véritablement la caractéristique de l’insignifiance la plus absolue tant des propos tenus que de leurs auteurs. »