Violences policières en Martinique : Huit syndicats invitent la population à un rassemblement autour du «tambour», mercredi, à Fort de France

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Huit syndicats martiniquais invitent la population de l’île à un rassemblement, mercredi 22 juillet, à partir de 18h00, autour d’un moment «tambour» à la maison des Syndicats, en réponse à l’interpellation « musclée » du jeune tambouyé et militant, Kéziah, devant le commissariat de Fort de France.

Ce moment « tambour » fait écho à la destruction de deux tambours par des gendarmes, en marge d’une manifestation de militants anti-chlordécone. Celle-ci a dégénéré, dès jeudi 16 juillet, en violents affrontements avec les gendarmes, alors que les sympathisants s’étaient rassemblés pacifiquement pour jouer du tambour et chanter, en soutien à deux de leurs camarades placés en garde à vue, dans la matinée.

Le tambour martiniquais, symbole de la résistance et de l’unité de notre peuple, rappellent Nilor et Nadeau

Une destruction dénoncée par une partie de la classe politique et les Martiniquais. Plus qu’un instrument de musique, le tambour incarne l’âme du peuple martiniquais. C’est à la fois un symbole culturel de lutte et de convivialité. C’est le ciment de la cohésion sociale de l’ile.
Le député de Martinique, Jean-Philippe Nilor et le maire du Prêcheur, Marcellin Nadeau, ont estimé vendredi que «les forces de l’ordre ont commis « l’irréparable » en s’attaquant aux tambours des manifestants.

« Comment accepter de voir des forces de l’ordre commettre l’irréparable en s’en prenant sans ménagement et sans respect à notre tambour martiniquais, symbole de la résistance et de l’unité de notre peuple ? », se sont-ils indignés dans un communiqué commun.

Lundi 20 juillet, dans un communiqué commun, les huit syndicats, la CDMT, la CGTM, la CSTM, FO, la FSU, l’UGTM, l’UNSA et l’USAM, ont eux-aussi dénoncé «fermement les brutalités des forces de l’ordre survenues jeudi 16 et vendredi 17 juillet 2020 devant le commissariat de Fort-de-France ».

Le risque d’explosion sociale menace l’île sur les épineux dossiers du chlordécone, des monopoles économiques, du racisme et de la question identitaire, selon les syndicats

Ils ont appelé le préfet de Martinique, Stanislas Cazelles et l’Etat à prendre leurs responsabilités face au risque de « graves dangers d’explosion sociale » qui menacent l’ile sur les épineux dossiers du « chlordécone, monopoles économiques, racisme, question IDENTITAIRE ». Dans leur communiqué, les syndicats déplorent l’absence de réponses à ces problématiques.
« L’Etat a mieux à faire que de prendre le chemin de la provocation et de la répression. Ces problèmes sont d’ailleurs dénoncées depuis des années par les organisations syndicales qui luttent au quotidien pour que les Martiniquais.e.s puissent travailler et vivre en toute sécurité sur leur territoire », rappellent les syndicats dans leur communiqué.

Durant deux jours, de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants autour du commissariat de Fort de France, donnant lieu à des scènes de violences.
Aux tirs de grenades lacrymogènes, les manifestants ont riposté par des jets de projectiles.
Sur la Place de la Savane où ils avaient été repoussés, ils ont mis le feu à deux statues dont celle de l’impératrice Joséphine, la première épouse de Napoléon Bonaparte.
Au moins quatre blessés sont à déplorer, deux du coté des forces de l’ordre et deux du coté des manifestants.

En marge de ces affrontements, la violente interpellation du jeune Kéziah par les gendarmes, a indigné les internautes. Les images ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux et ravivé les tensions sur l’île.

« La violence contre la police et la gendarmerie, ce sont des faits de nature pénale » . « La violence sera réprimée », prévient Cazelles

Une partie de la classe politique martiniquaise a exigé que le Préfet apporte des réponses claires sur cette interpellation qui s’est déroulée sur fond d’insultes racistes. Sur une vidéo, on voit le jeune homme, traîné de force par les gendarmes. Il hurle de douleur sous leur violence. Il a la tête qui baigne dans une large flaque de sang.

Même le Procureur de la République a reconnu sur RCI que l’interpellation du jeune homme avait été « extrêmement difficile», tout en soulignant que son arrestation avait été motivée par le fait qu’il avait auparavant porté de « violents coups » à un gendarme tombé à terre, ce que le militant dément formellement.

De son coté, le Préfet Stanislas Cazelles a prévenu, samedi, au lendemain des deux jours d’émeutes, que « la violence sera réprimée. »

« La violence contre la police et la gendarmerie, ce sont des faits de nature pénale, il faut qu’il y ait une réponse pénale, il y en aura une et elle sera sévère (…) », a-t-il déclaré sur la Radio Martinique La Première.

Sur le dossier chlordécone, il s’est contenté de souligner qu’il y avait eu beaucoup d’échanges sur la préparation du plan 4. Ces échanges vont continuer après les grandes vacances et sur un certain nombre de difficultés économiques et sociales que va connaître la Martinique, a-t-il dit.