Violences policières en Martinique : Le député Letchimy demande à Castex et Darmanin une enquête de l’IGPN sur l’interpellation de Kéziah

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Le député de Martinique, Serge Letchimy, annonce avoir écrit une lettre, ce mardi 21 juillet, au Premier ministre et à son ministre de l’Intérieur dans laquelle il demande l’ouverture d’une enquête de l’IGPN afin que la « vérité soit dite » sur la violente interpellation du militant anti-chlordécone, Kéziah, en marge des émeutes des 16 et 17 juillet à Fort de France.

Dans un communiqué de presse publié ce mardi 21 juillet sur son compte FB, Serge Letchimy précise qu’il a demandé que «la lumière soit faite concernant cette affaire par l’IGPN, afin d’établir en toute transparence les conditions de cette intervention et que la vérité soit dite ».

Il demande que soit diligentée « une enquête au sujet des évènements des 16 et 17 juillet 2020 » sur les deux journées d’émeutes à Fort de France.

Serge Letchimy déplore qu’ « un homme a été blessé à l’occasion d’une rude arrestation, le jeune homme Keziah NUISSIER, étudiant, (est) aujourd’hui hospitalisé au CHU de La Meynard, à Fort de France ».

Keziah de nouveau hospitalisé, lundi, les médecins inquiets sur son état de santé, selon sa mère

Lundi matin 20 juillet, le jeune homme a perdu l’usage de ses jambes et a dû être de nouveau hospitalisé, en urgence, au CHU de la Martinique où il se trouve toujours pour des examens approfondis, rapporte sa mère Madly.

Elle précise que les médecins sont inquiets sur l’état de santé de son fils qui souffre atrocement. Il pourrait avoir des lésions internes ayant touché des organes vitaux, rapporte sa mère qui cite les médecins. Elle a confié qu’il a en outre eu les parties génitales endommagées lors de son interpellation. Selon les proches de Kéziah, outre les violences physiques, le jeune homme a également subi des insultes racistes.

Le député Serge Letchimy impute à l’Etat ces « troubles » qui secouent actuellement la Martinique. Leur « origine » est « à la base, le silence de l’Etat face à l’empoisonnement des terres martiniquaises », assure-t-il.

« Les troubles successifs sont directement ou indirectement liés à ces enjeux », poursuit Serge Letchimy qui dénonce aussi « le mépris mémoriel, la mise à l’écart et la non reconnaissance de nos repères historiques identitaires ».

Pour Letchimy, le silence de l’Etat sur le scandale du chlordécone est responsable des émeutes en Martinique

En 2019, le député martiniquais avait présidé la Commission d’enquête parlementaire sur l’empoisonnement au chlordécone des Antilles, un pesticide ultratoxique autorisé par les autorités françaises, malgré son interdiction partout dans le monde.

Il a été utilisé massivement pendant plus de vingt ans dans les plantations de bananes en Martinique et en Guadeloupe afin de lutter contre le charançon de la banane. Le rapport final de Serge Letchimy, publié en décembre 2019, avait conclu a un « scandale d’Etat».

Mais dès 2018, le président Emmanuel Macron avait reconnu lors d’une visite en Martinique, la « responsabilité » de l’État dans cette pollution au chlordécone et avait promis que l’État allait « prendre sa part de responsabilité » dans la pollution au chlordécone aux Antilles et « avancer sur le chemin de la réparation ».

Mais le plan chlordécone IV, qui devait être mis en oeuvre rapidement, après la publication du rapport Letchimy est toujours au point mort, la crise sanitaire du covid-19 étant passé par là.
Les sols, les rivières et toute la chaîne alimentaire sont toujours contaminés aux Antilles. La quasi-totalité des Antillais (95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais et leurs descendants selon Santé publique France) sont imprégnés de chlordécone pour sept siècles. L’exposition au chlordécone, reconnu comme un perturbateur endocrinien, augmente les risques de prématurité, de troubles du développement cognitif et moteur des nourrissons ou encore de cancers de la prostate.

Avec 227 nouveaux cas pour 100.000 hommes chaque année, la Martinique est la région du monde la plus touchée par ces pathologies dont les cancers.

Des associations écologiques craignent que le financement du Plan chlordécone IV ne soit divisé par dix à cause du Covid-19

Dès la publication de son rapport en décembre 2019, Serge Letchimy avait mis en garde les autorités contre un risque d’explosion sociale sur l’île, si des mesures n’étaient pas prises rapidement pour réparer.

La fin du confinement, a relancé les actions des militants anti-chlordécone, en Martinique, dont plusieurs d’entre-deux font l’objet de poursuites judiciaires, notamment violences envers les forces de l’ordre.

Samedi dernier, le préfet de Martinique Stanislas Cazelles a indiqué sur la Radio Martinique La Première, que les violences contre les forces de l’ordre seront « réprimées ». Idem, pour le Procureur de la République qui a prévenu qu’il y aurait des suites judiciaires à ces violences.

A propos des avancées du Plan chlordécone IV, le Préfet de Martinique, Stanislas Cazelles, a indiqué samedi qu’il y avait eu beaucoup d’échanges sur sa préparation, sans autres précisions.
Ces échanges vont continuer après les grandes vacances et sur un certain nombre de difficultés économiques et sociales que va connaître la Martinique, s’est-il contenté de dire.

Mais certaines associations de protection de l’environnement craignent que le financement du plan chlordécone IV ne soit divisé par dix, en raison de la crise sanitaire du covid-19.