Violences policières en Martinique : Le procureur saisit l’IGGN pour faire la lumière sur l’affaire Kéziah

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
Mots clés : ,

Le procureur de la République, en Martinique, a saisi mardi 21 juillet l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) afin que la lumière soit faite sur la violente interpellation par les forces de l’ordre du jeune militant anti-chlordécone, Kéziah, toujours hospitalisé au CHU de La Meynard, à Fort de France.

Cette interpellation, qui s’est déroulée le 16 juillet devant le commissariat de Fort de France, en marge de deux jours d’émeutes les 16 et 17 juillet, avait suscité l’indignation sur les réseaux sociaux, mais aussi au sein de la classe politique martiniquaise.

Le Procureur a saisi l’IGGN pour avoir « une vision parfaitement éclairée »

Selon le journal France-Antilles, le Procureur a saisi l’IGGN pour avoir « une vision parfaitement éclairée ».

Mardi 21 juillet, le député martiniquais Serge Letchimy avait de son côté écrit au Premier ministre et à son ministre de l’Intérieur, leur demandant de saisir l’IGPN, la police des polices au niveau national, afin que « la vérité soit dite » sur les circonstances de l’interpellation du jeune homme dont les vidéos de son arrestation ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux.

On y voit le jeune homme hurlant de douleur au pied d’un fourgon de gendarmerie, trainé de force par des gendarmes, la tête dans une large flaque de sang, aussitôt nettoyée par l’un d’eux.

Son interpellation faisait suite à une charge visant à dégager les abords du commissariat où des militants anti-chlordécone s’étaient pacifiquement rassemblés, jeudi, pour jouer du tambour et chanter, en soutien à deux de leurs camarades en garde à vue pour violences contre des policiers, survenues en janvier et mai derniers. C’est durant cette charge que le jeune Kéziah a été interpellé.

Les versions sur les circonstances de l’interpellation de Kéziah divergent et continent de diviser

Malgré les nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux, les versions sur les circonstances de son interpellation divergent et continent de diviser. Plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux le montrent au sol, frappé par des gendarmes qui le menottent.

Joint au téléphone mardi par le journal France-Antilles, le Procureur de la République, Renaud Gaudeul, a maintenu sa version selon laquelle l’interpellation de Kéziah a été justifiée pour des raisons de « violences sur les forces de l’ordre ». Il a précisé se fonder notamment sur une vidéo en sa possession.

Samedi dernier, le procureur avait déjà fait état sur RCI de vidéos passées sous silence, montrant Kéziah portant « des coups extrêment violents » à un militaire de la gendarmerie au sol, ce que le jeune homme a formellement démenti.

« Si j’avais donné cinq violents coups de poing aux gendarmes, j’aurais eu des hématomes sur les doigts », avait aussitôt rétorqué Kéziah, après sa garde à vue, montrant à la caméra ses mains en bon état. Il avait alors fait état de propos racistes à son encontre.

Kéziah sera jugé le 27 aout 2020

Il sera jugé le 27 août prochain par le tribunal correctionnel de Fort-de-France.
«Vous avez aussi d’autres images sur les réseaux sociaux qui font moins de bruit. Ces images quelles sont elles ? », avait déclaré le Procureur sur RCI.
(…) On voit ce même individu en train de frapper un militaire de la gendarmerie qui est au sol, qui est tombé et qui se trouve être frappé très violemment par cet individu », avait affirmé le Procureur.

« Là-aussi, on peut peut-être imaginer qu’il a fallu à ce moment-là interpeler l’auteur de cet acte. Encore une fois à ce stade-là, il y a la présomption d’innocence », avait ajouté le Procureur.
« Ce qui justifie la garde à vue ? Ce qui lui est reproché ? C’est d’avoir lui-même, avant cette interpellation, c’est d’avoir porté des coups extrêmement violents sur ce militaire qui se trouvait être au sol », avait martelé le magistrat, assurant qu’«en l’état de ce dont je dispose, dans cette enquête-là, je pense que cette interpellation-là était parfaitement légitime ».

Rassemblement de soutien ce mercredi, la famille de Kéziah confirme sa volonté de porté plainte

La famille du jeune homme a confirmé cette semaine son intention de porter plainte pour « coups et blessures avec intention de donner la mort ».

Un nouveau rassemblement de soutien à Kéziah est organisé ce mercredi 22 juillet à partir de 18 heures à la Maison des Syndicats, à Fort de France, à l’appel de huit syndicats.

Pour faire écho à la destruction de deux tambours par les forces de l’ordre, durant l’une de leurs charges, les organisateurs ont appelé les Martiniquais à venir au rassemblement munis de leur tambour, symbole de l’identité culturelle des Martiniquais.