Virus : Ce policier martiniquais raconte ses contrôles dans une «ambiance solidaire» mais sans gants et sans masques obligatoires

Plus que jamais le confinement pour lutter contre la propagation du Covid-19, se révèle la stratégie la plus adaptée à cette pandémie qui fait à ce jour 12 612 personnes contaminées et 450 décès en France. Mais ce confinement est difficile à accepter pour la population et ce jeudi, par communiqué le préfet de police Didier Lallement et la maire de Paris Anne Hidalgo ont lancé, un « appel solennel aux Parisiens pour limiter leurs déplacements privés au strict nécessaire ». Rien n’y fait, les parisiens pratiquent plus que jamais le jogging, la marche et comme à leurs habitudes, les réunions amicales continuent de les occuper.                 Didier Lallement, le préfet de police et Anne Hidalgo, la maire de Paris 

Ce vendredi 20 mars, le Préfet de police a tenu une nouvelle conférence sur les berges de Paris et à cette occasion, le fonctionnaire a annoncé de nouvelles mesures de restriction de déplacement dans la capitale. Il s’agit de nouvelles dispositions pour renforcer les contrôles dans les gares, les aéroports et dans les rues : « On ne reconnait pas Paris » s’amuse un policier martiniquais qui vient juste de terminer sa brigade du matin. Mais le ton va vite changer quand l’agent de la paix évoque les longues soirées ou journées sous tensions, durant plus de huit heures, il contrôle et vérifie les autorisations de sorties des nombreux parisiens. De 6h30 à 14h30, le martiniquais qui témoigne sous couvert d’anonymat, patrouille dans les rues parisiennes et ce qui l’agace, c’est le comportement irresponsable d’une partie de la population : « les gens ne peuvent pas rester chez eux, l’ennui c’est qu’il fait beau, ils tiennent à sortir et souvent nous sommes face à des gens qui n’ont pas les attestations requises. Les contrevenants ont toujours une excuse pour sortir » raconte l’agent de la paix.

Même si dehors, pour une forte majorité, ce sont « des personnes âgées que nous croisons lors des contrôles », il est important pour nous de faire « respecter ce qu’a dit le Président » avoue le policier. Dans deux semaines, au moment du pic de l’épidémie, «il sera encore plus compliqué de persuader les rétifs de se soumettre aux règles du confinement».

Pour l’heure, il faut assurer tous les jours les mêmes gestes de protection, se tenir à distance des interlocuteurs, ne pas les toucher, tout cela sans le matériel nécessaire.« Ceux qui portent un masque, ils l’ont eu par leur propre moyen et d’ailleurs, notre cheffe nous laisse, seul, décider si nous en mettons ou pas ». Les gants, une protection incontournable mais qui tarde encore. Ce n’est ni le moment, ni l’heure de se plaindre, estime le martiniquais, car l’objectif principal pour ces policiers comme pour les soignants dans les hôpitaux, c’est de sauver des vies, de protéger les individus même contre leur gré.

Dans cette période trouble, l’antillais peut compter sur «sa cheffe qui motive» et soutient son équipe et surtout, il peut en toute occasion s’appuyer sur ses collègues de travail.  «L’ambiance est bonne, il nous arrive de sourire dans ce contexte de crise sanitaire. On est tous solidaires et tout le monde se tient les coudes» commente l’agent qui ajoute, las, après sa garde de nuit : « ce n’est pas facile». Pas toujours facile de faire des procès verbaux dans une voiture qui ne permet pas de respecter les distances de sécurité sanitaire « on se fait confiance, on ne peut pas faire autrement » reconnait le père de famille qui se dit « inquiet » tout de même. Dès qu’il rentre à son domicile, son premier réflexe est de prendre une douche totale, des pieds à la tête avant d’embrasser sa famille.

Responsable, l’agent de la paix, l’est pour ses proches qui vivent aux Antilles « en Martinique, ce sera compliqué avec les fêtes de pâques qui arrivent bientôt ». Mais il est persuadé que « chaque martiniquais prendra ses responsabilités. Il faut rester confiné, les nouvelles de la famille, on peut en avoir avec le portable » conclut le policier antillais.

Aujourd’hui, 80 policiers ont été contrôlés positifs au Covid-19, 10 000 agents de la paix sont à l’arrêt dont 5 000 confinés.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images C’news Actus Dothy/Capture d’écran