Virus: Un martiniquais à Harlem inquiet «En France on ne laisse pas les gens mourir ! Ici, l’armée prépare des lits de réanimation et des chambres froides »

Le confinement à New-York n’est pas respecté, les gestes barrières non plus, les distances de protection n’existent pas et une grande partie de la population vit dans le déni complet. Pas de verbalisations mais l’armée américaine qui installe dans la précipitation des lits de réanimation et des chambres froides.

Le martiniquais F. à sa fenêtre à Harlem

Le témoignage est glaçant, celui d’un homme inquiet, qui essaie coûte que coûte de se confiner dans son appartement mais les tentations sont grandes. D’une part, les logements aux USA sont conçus de telle sorte que les locataires sont obligés de laver leurs habits dans des laveries communes avec le risque d’être contaminés et d’autre part la vie continue comme si de rien n’était. Vendredi 27 mars, en ce début d’après-midi, des groupes de jeunes et des parents et leurs enfants sont sur le trottoir en face de chez lui et retiennent son attention. Alors que les Etats-Unis ont dépassé la barre des 100 000 cas confirmés à l’infection du Covid-19, le confinement n’est pas respecté dans cet État et les contrevenants ne sont même pas verbalisés.

Des jeunes et des passants pendant le confinement

Dans les bus, il y a quelques jours encore, les passagers se pressaient l’un sur l’autre, tenant les poignées sans crainte. Depuis, finalement et contraint, Donald Trump a imposé la fermeture des écoles, des théâtres et des commerces non-essentiels mais « comment ils vont faire pour manger tous ces américains? » s’interroge F. « Ils n’ont pas de saving, ils ne possèdent que des cartes de crédits. Tous, ils pensent comme leur Président et les commerces vont ouvrir très vite ». Pour les américains « il faut reprendre le travail dans les semaines qui suivent ».

Depuis son arrivée à New York, c’est la situation la plus terrible que vit F. un martiniquais qui réside dans le quartier de Harlem. Et la situation n’est pas prête de s’améliorer pour la première puissance mondiale. Dimanche 22 mars, le président Donald Trump a pris plusieurs mesures sociales et économiques pour tenter d’endiguer la vague coronavirus qui touche les Etats-Unis. Mais ces dispositions censées rassurer, n’ont pas eu les effets escomptés. « s’il est vrai que les chefs d’entreprise, les grosses compagnies, les grosses entreprises auront une compensation de 1 000 dollars versés une  seule fois » mais ensuite, « il faut payer les charges,  les factures, les pertes sont plus impressionnantes » constate F. « La crise de 1982 a laissé 300 000 personnes sans activités et avec l’épidémie du coronavirus, le chiffre est dix fois plus élevé. Il n’y a pas le système du chômage comme en France et les sociétés qui ferment, elles ne réembauchent pas forcément les anciens salariés.

En une semaine 3 millions de personnes ont perdu leur travail, plus de 1 million de clandestins n’iront pas se faire dépister par peur d’être renvoyés chez eux, sur le champ. Le risque d’être contaminé est énorme. A New York, 80% environ des habitants vivent en co-location, il faut continuellement désinfecter les nombreuses chambres individuelles, les toilettes communes et les halls.

Le système de santé est très élevé : « Je paye 400 dollars par moi pour une couverture médicale mais je ne suis pas couvert pour les maladies très importantes et c’est au cas par cas, qu’ils acceptent de prendre en charge mes interventions, même présentées par les médecins ». Depuis l’arrivée des miliaires à New York cette semaine, le Javit’s Center (un parc d’exposition) réquisitionné, est transformé en salle de réanimation, en salle de labo et une chambre froide a été dressée. « je me dis, si je meurs ici, il ne m’enverront même pas en Martinique ».

Mercredi 23 mars, F. s’est rendu au supermarché pour quelques courses et ne s’est pas empêché d’interpeller le responsable du magasin sur le non port de masques, de gants : « Il a répondu en hochant les épaules ». Les américains ne craignent pas la maladie, laissent entendre les jeunes : « Rien ne peut ébranler la plus grosse puissance du monde ». Si la communauté blanche reste plus disciplinée, F. observe le laxisme et sans doute l’ignorance des jeunes Noirs, ils sont dans leurs bulles » à Harlem.

On vit une période difficile, pas d’enterrements, depuis mardi 24 mars, F. ne sort plus. Il écoute les informations de l’Hexagone et des Antilles : « En France, on ne laisse pas les gens mourir! » la voix cassée : « J’aurais aimé être en Martinique en ce moment! ».

Le nombre de décès liés au Covid-19 aux États-Unis se chiffre à 1178, la majorité des morts sont enregistrés à New York, devenue le centre de l’épidémie américaine.

#EXCLUSIF (Reportage) Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images  exclusives F.pour C’news Actus Dothy