Virus : Un médecin raconte les difficiles réanimations «On est surpris, alors, est-ce que la population européenne est plus fragile? »

Le seuil symbolique des 1 000 morts a été franchi. «Nous sommes dans une épidémie sévère et c’est une infection grave avec un nombre important de personnes gravement affectées»  commente Bruno Megarbane, médecin, chef du service réanimation médicale et toxicologique de l’Hôpital Lariboisière à Paris.

Bruno Megarbane, le chef du service réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière

Sur la chaîne en continu BFM Tv, pour la première fois sur un plateau télévisé, depuis la crise sanitaire, un réanimateur en milieu hospitalier explique, comment se déroule les prises en charge des patients admis en urgence absolue. Le praticien qui enseigne également en Université, s’étonne de la résistance du virus en Europe qui continue à augmenter le nombre de décès tant en Italie, en Espagne au Royaume-Uni qu’en France.

En dépit des statistiques alarmants qui font état de 22 300 personnes contaminées et 1 100 décès ce mardi 24 mars, le chef du service réanimation à l’Hôpital Lariboisière, Bruno Megarbane se dit rassuré quant au nombre de lits disponibles dans les hôpitaux en France tout en mettant des réserves si l’épidémie persistait. Pour l’heure sont occupés seulement la moitié des lits : « Le plus important ce sont les personnes qui sont admises en réanimation car ce sont des personnes que nous pouvons sauver, si ce nombre augmente trop rapidement, il se peut que les moyens que nous puissions offrir soient dépassés. Aujourd’hui le système français peut offrir jusqu’à 5 000 lits de réanimation et nous sommes à peu près à 2500 de lits occupés. On va pouvoir, si les choses s’aggravaient pousser les murs faire de la réanimation hors des murs pour pouvoir sauver au maximum mais il y a un moment où les capacités pourraient être dépassées comme cela l’a été en Italie. » indique le réanimateur, invité comme témoin sur le plateau de la première chaîne française en continu.

Le médecin, réanimateur se dit très surpris de la complexité du virus qui laisse perplexe les chercheurs et les soignants  : «Dans notre service, il y a une deuxième personne qui est décédée plus brutalement alors même qu’elle était déjà sous assistance respiratoire, plutôt correctement oxygénée, donc on pense qu’il y a d’autres phénomènes que l’atteinte pulmonaire dans cette maladie et notamment des atteintes du cœur, une sorte d’inflammation cardiaque, une myocardite. Mais se crée probablement une formation de caillot de sang, parce que le sang devient beaucoup plus visqueux, plus inflammatoire avec un risque d’embolie pulmonaire»

Le nouveau Coronavirus (SARS-CoV-2), covid-19 trouble le fonctionnements des organes respiratoires mais perturbe étrangement le système immunitaire précise Bruno Megarbane.  il infecte différemment les personnes sensibles et les plus jeunes : «Pour les patients plus âgés il y a des formes assez foudroyantes mais on observe une sorte de deuxième vague avec un emballement du système immunitaire au cours du septième voire du neuvième jour, pour des personnes plus jeunes. Dans cette maladie il y a deux aspects : Le virus qui va se multiplier,  infecter les cellules respiratoires (on ne sait toujours pas quel genre de cellule) soit les alvéoles ou les vaisseaux, qui vont entraîner un défaut d’oxygénation. Et, il y aussi la réponse immunitaire de défense qui est probablement exagéré, qui n’est pas proportionnel, qui va elle même devenir un problème.»

Parmi les thérapies à envisager, les chercheurs du groupe d’étude Discovery devront trouver une formule à double effet : «il faut à la fois une arme contre le virus mais aussi surtout une arme contre l’immunité» pour sauver beaucoup plus de patients contaminés.

En un mois le nombre de contaminés et de morts dus au nouveau coronavirus à grimper. Début  mars, il y avait 200 cas en Europe, 4 morts. Lundi 23 mars 2020, le compteur affichait 72 000 cas et plus de 9 000 morts. Et Bruno Megarbane, médecin, chef du service de réanimation à Lariboisière dans le 10ème arrondissement, s’interroge sur la fragilité des patients européens : «Nous sommes encore tous surpris par le caractère un peu plus grave de cette maladie par apport à ce que nous avions imaginé suite aux publications chinoises, or le système de santé européen est  aussi bon que le système chinois. On est surpris, alors, est-ce que la population européenne est plus fragile? » Une question que pose le médecin-réanimateur, sans réponse pour l’instant.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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