Virus : Une guadeloupéenne soignante en Ehpad «On a la peur au ventre!», un centre confiné depuis février 2020

L’Ehpad de Coubron en Seine-Saint-Denis devrait être pris en exemple. Sans attendre les toutes récentes décisions gouvernementales, s’appuyant sur les statistiques chinoises et attentifs aux recommandations médicales et scientifiques, les responsables ont fait le choix dès fin janvier 2020, de confiner progressivement leurs malades dépendants. Aucun malade malade contaminé ou testé positif n’est à signaler. Aujourd’hui le curseur reste encore sur le confinement annoncé à demi-mot (il y a une semaine) par le Président de la République.

Une soignante dans un centre hospitalier parisien

« La vague est là , nous ne sommes pas au bout, de ce que cette épidémie va nous faire vivre », Le Président Emmanuel Macron qui lundi dernier déclarait la guerre au Coronavirus, n’a pas de mots assez graves pour décrire la crise sanitaire que traverse le pays. Selon le chef de l’état, cette période difficile « sera un test pour la solidité de notre démocratie ». Mais en attendant, le virus continue à causer des décès en France où les hôpitaux sont moins équipés en appareil de réanimation quand l’Allemagne fait état de 25 000 lits contre 5 000 lits en France. Si les statistiques montrent que désormais les patients jeunes décèdent du coronavirus, les seniors (retraités) restent la cible la plus exposée au covid-19.

Un centre hospitalier à Paris

Fin janvier, les premiers cas en Bavière (des jeunes partis en ski en Italie), ont poussé l’Allemagne à réagir, en se mettant en alerte très tôt contre le coronavirus et en lançant dans le même temps, des tests de dépistage à grande échelle. Conséquence, les allemands réalisent actuellement 5 fois plus de tests que la France et même si le nombre de contaminés continue à progresser, le pays a encore un taux de mortalité très faible. D’où la nouvelle stratégie en France, (prenant l’exemple germanique) de dépister plus tôt les patients covid-19. Le dépistage, une priorité pour le ministre de la santé, Olivier Véran, dont le mot d’ordre ce samedi 21 mars était de « Tester, tester, tester » .

Une nécessité, selon cette soignante guadeloupéenne en Ehpad depuis trois ans dans une maison de retraite à Seine-Saint-Denis. Dans ce centre rattaché au groupe Orpéa, l’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (Ehpadoù les 90 résidents sont des personnes âgées, nécessitant un traitement médical régulier, la soignante antillaise se réjouit qu’à l’instar des autorités allemandes, tout a été organisé dans cette maison de retraite pour éviter toutes contaminations au covid-19. « Dès fin janvier, notre directrice a pris toutes les dispositions nécessaires pour réduire le nombre de visites. Et, les parents des retraités ont du porter des masques dans les chambres, pour éviter des possibles contaminations» confie la soignante et mère de famille qui tient à garder son anonymat. Deux semaines plus tard, début février, les visites étaient interdites et le confinement installé, bien avant la déclaration du Président de la République.

Des directives qui jusqu’à ce jour, permettent à cet Ehpad d’échapper à d’éventuelles contaminations au covid-19. Si les personnes âgées dépendantes sont frustrées de ne plus voir leur famille, ils ne sont pas pour autant isolés. Quotidiennement et à leur demande des visio-conférences avec Viber ou Skipe sont organisées pour des rencontres familiales virtuelles. Tout le personnel participe à ces élans de solidarité, les 9 soignants, les 4 agents de service, les cuisiniers, les secrétaires ont décidé de créer une immense fresque animée avec les dessins et les mots d’encouragements des enfants de tout le personnel hospitalier. Si la maison de retraite ne déplore aucun malade covid-19, l’Ehpad de Montfermeil vient d’avoir son premier contaminé et l’inquiétude occupe aussi les esprits dans les maisons de retraite.

Les masques et les gants nécessaires aux changements hygiéniques commencent à s’épuiser : « Pour l’instant, nous disposons tous le jours de 2 masques, quand il en faudrait 3. Le gel hydro-alcoolique est terminé. Nous lavons nos mains au savon, plus de 15 fois par jour. Mes mains sont craquelées et plissées avant l’âge » semble plaisanter cette soignante. « Pire nous avons peur pour nos jeunes enfants et pour nos patients, car nous pouvons ramener ce virus au sein de l’Ehpad ou dans nos foyers à tout moment » se désole la guadeloupéenne qui précise qu’elle se déplace en voiture, « cela réduit les risques de contagion ».

Malheureusement, Le confinement ne concerne pas les soignants qui pour certains, exercent dans des maisons de retraites, en profession libérale, à domicile ou en milieu hospitalier.

« On a la peur au ventre » laisse échapper la soignante qui a choisi de travailler en maison de retraite depuis une vingtaine d’années, à Clamart, en Vendée et aujourd’hui en Seine-Saint-Denis. Son conseil : « il faut un confinement plus strict, une prévention absolue. Les gens ne se respectent pas et ils mettent en danger la vie des autres ». L’antillaise voit un « avenir sombre » qui se dessine et elle se sent impuissante comme ses collègues soignants, confrontés à un virus qui provoque de nombreux décès. Plus de 14 459 contaminations et 562 morts ont été recensés ce samedi 21 mars en France.

On chiffre à 900 millions les personnes confinées  dans 35 pays.

 La course aux masques est enfin lancé en France et en Outre-mer :  Selon les chiffres de l’ARS, le pays a en stock 86 millions de masques et , elle peut en fabriquer 6 millions par semaine et 8 millions à partir d’Avril. La France consomme 24 millions de masques par semaine, 250 millions de masques ont été commandés à l’étranger et seront livrés progressivement. Selon Olivier Véran, la stratégie du dépistage va évoluer, la France va désormais multiplier les tests coronavirus.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images d’illustration Capture d’écran C’news Actus Dothy