Vote du Budget : L’État français doit soutenir énergiquement la relance de l’économie aux Antilles

« Vote du Budget : L’État français doit soutenir énergiquement la relance de l’économie aux Antilles », tribune par Jean-Marie Nol : 

Nous vivons l’un des plus grands chocs économiques de l’histoire, c’est pourquoi la crise du coronavirus va faire entrer la Martinique et la Guadeloupe en forte zone de turbulence en 2021.
C’est pourquoi on n’a jamais eu autant besoin de l’injection massive de fonds publics en provenance de l’Etat pour soutenir et relancer l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique.

L’Assemblée nationale a adopté ce jeudi le budget du ministère des Outre-mer pour 2021, qui s’élève à quelque 2,43 milliards d’euros, en augmentation «sensible» de 2,5% par rapport à 2020, selon le gouvernement.

Le budget propre au ministère des Outre-mer «augmente sensiblement» de 6,4% en autorisation d’engagement à 2,79 milliards et de 2,5% en crédits de paiement à 2,43 milliards, par rapport à 2020, a déclaré le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu.

A ce budget de l’outre-mer qui a été voté aujourd’hui, s’ajoutent au moins 1,5 milliard d’euros pour le plan de relance Outre-mer, dont environ 500 millions de mesures sociales, 50 millions pour l’eau et l’assainissement à Mayotte et en Guadeloupe, 50 millions pour le plan Séisme Antilles, 80 millions pour la transformation agricole et, 60 millions pour garantir les pertes de recettes fiscales des collectivités.

Mais cela ne représente qu’«une petite partie du budget de l’État consacré aux Outre-mer», a souligné le gouvernement , puisque la politique pour l’Outre-mer «s’étend sur 31 missions et 94 programmes pour un montant de quelque 19 milliards».

Selon le quotidien le figaro, une grande part du budget du ministère est consacrée à l’emploi et au soutien des entreprises ultramarines, via les compensations des exonérations de charges sociales patronales, en augmentation (+ 97 millions d’euros).

Un amendement du gouvernement, doté de 30 millions d’euros sur trois ans, a été adopté pour accompagner les communes en difficultés financières qui s’engageront, sur la base du volontariat, à des efforts de redressement.

Un autre amendement gouvernemental adopté a élargi l’aide à la continuité territoriale accordée aux ultramarins pour se rendre aux obsèques d’un parent. Désormais elle s’appliquera aussi pour se rendre au chevet du parent avant le décès, et sera accordée aux frères et sœurs.

Ce coup de pouce de l’Etat pour amortir les dégâts de la covid 19 est de bon augure, car ayons le courage de dire les choses clairement. La situation est grave. Elle est grave en Europe, elle est grave en Guadeloupe et aussi en Martinique . Lors d’un précédent article, nous avions couché sur le papier les conséquences de la crise à venir : Affaissement de la consommation , surendettement, risque d’explosion des liquidations judiciaires, entreprises zombies surendettées… nous écrivions que les dégâts économiques causés par la crise du coronavirus laissent présager pour la Martinique une nouvelle chute de l’activité dans les prochains mois.

Que n’avions-nous point vu. Les temps ont depuis bien changé . La seconde vague du coronavirus frappe aujourd’hui durement la Martinique et surtout la crise sanitaire est devenue économique et sociale. Les Martiniquais scrutent avec inquiétude la courbe des contaminations au coronavirus, qui ne cesse de grimper. Un autre indicateur pourrait virer au rouge, celui de la santé économique de la Martinique . C’est toute une partie de l’économie des services et du tourisme qui risque de s’effondrer.

La Covid 19 resserre son étau sur la Martinique , laissant augurer des lendemains qui déchantent dans l’île aux belles fleurs !
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une décroissance mais une récession.

De fait, l’angoisse est palpable chez beaucoup de chefs d’entreprises Martiniquais . Des pans entiers de l’économie risquent l’effondrement. Un difficile équilibre va devoir être trouvé entre restrictions sanitaires et préservation de l’activité économique.

Mais force est de constater un ralentissement de la croissance économique en Guadeloupe et en Martinique depuis plusieurs années. Selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), et nos propres calculs prévisionnels la Martinique va connaître en 2020 le plus fort recul de son activité depuis au moins la crise sociale de 2009 , avec une chute envisagée du produit intérieur brut (PIB) de – 15, 2% . Pour la Guadeloupe, c’est une baisse du PIB de l’ordre de -12,7 qui est attendue pour 2020.

C’est grave docteur ? Oui et surtout gare à l’emballement. Ce n’est un secret pour personne : les mois à venir seront durs et éprouvants pour de nombreux métiers. De plus, il faut s’attendre à des chiffres de la croissance en berne. Une croissance négative ou un taux d’inflation proche de zéro neutralisent donc les efforts de rigueur budgétaire. L’exécutif de la région Guadeloupe et de la collectivité territoriale de Martinique (CTM) vont devoir gérer les conséquences sur l’économie réelle.

Cette pandémie de coronavirus est à l’origine directe du ralentissement de l’activité économique en Guadeloupe et Martinique , et donc, de la baisse des ressources des collectivités locales . En effet, la baisse de la consommation locale, les fermetures d’entreprises et la destruction d’emplois ont un impact quasiment immédiat sur les comptes publics. Les crises sont toujours des moments de remise en question, de transformation à court terme et quelque fois à très long terme.

En Martinique comme en Guadeloupe , la crise sociale de 2009 a permis d’expérimenter des formes d’efficacité de la gouvernance locale qui n’ont pas remis en question le système de la départementalisation . On a vu que l’Etat providence a pris alors son essor pour protéger nos entreprises de la catastrophe annoncée. C’est le résultat de l’arbitrage que font les autorités publiques entre résilience du système départemental et capacité à faire circuler le crédit au sein de l’économie. Et de ce fait, pour que ce modèle tienne, l’Etat doit en effet être prêt à soutenir les entreprises , surtout dans un choc tel que celui que nous observons actuellement. Mais rien ne dit que cela sera toujours le cas à l’avenir. Cette crise est systémique, et exogène à la Guadeloupe et à la Martinique . En effet, sa caractéristique est d’être mondiale, aussi prenons garde à la fin de la croissance économique en Martinique à l’instar de ce qui se passe déjà en Guadeloupe !

Avec la récession économique qui découle du confinement, ce sont les jeunes qui vont payer le plus lourd tribut, que ce soit sous forme de chômage ou d’endettement,ainsi que le commerce traditionnel menacé par les achats sur internet qui vont vraisemblablement être décuplées avec le confinement.

Quand l’horizon s’éclaircira quelque peu, il sera important de signaler comment s’effectuera le retour à la normale d’un point de vue politique . Une progression des aides financières de l’Etat sera crucial pour se préparer au redressement économique pour les prochaines années. Cette reprise devrait normalement s’accompagner d’une réforme du modèle économique et social actuel, et Il faut d’urgence préparer la suite en faisant fi du dicton créole « La i pann, i sèk « .
A ceux des hommes politiques Guadeloupéens et Martiniquais qui ont l’habitude de souvent s’y référer , nous ne saurions trop leur conseiller de plutôt méditer sur cette citation de Confucius :  » Celui dont la pensée ne va pas loin verra ses ennuis de près.”

Jean marie Nol économiste